
Tableau (1)

Normalement, c’est parents-profs.
Mais parents, c’est vite dit.
On voit très rarement les pères.
Il semblerait que les hommes soient au boulot.
Enfin, céskysdi.
Pourtant les horaires sont aménagés, les réunions ont lieu de 17 heures à 19 heures.
La dernière fois, j’ai reçu des parents jusqu’à 21 heures.
Donc les mecs au boulot, c’est du pipeau.
D’la flûte.
Du coup ces rencontres, c’est plutôt mamans-profs
Et ça j’adore.
Gros gros succès.
Dommage, sans ce fichu devoir de réserve…
Surtout que contrairement à ce que l’on pense, les profs sont très largement respectés.
D’où un apriori très favorable.
Et les mamans ont toujours une certaine gêne, voire une légère timidité.
Ça minauderait presque.
Coquines va.
En tout cas, beaucoup de gentillesse.
De déférence.
Le prof c’est le prof, quoi.
On a beau dire.
Ça représente toujours quelque chose.
Mais me demandez pas quoi.
Mais ça l’fait.
Si en plus, leur rejeton est un cancre avéré, la déférence vire rapidement à la soumission totale.
Et la, c’est le chapelet d’excuses, la contrition, le mea-culpa.
— Pourtant avec son papa, on a tout essayé.
J’en suis pas sur.
Mais l’aveu est sans appel.
C’est émouvant.
J’abonde.
J’confesse.
J’absous.
— Et puis, j’vous cache pas qu’on est en train de se séparer…
— De votre fils ?
— Non non.
Et oui, la p’tite pointe d’humour délicat, c’est tout moi ça.
Le p’tit truc qui détend, qui relativise.
— Qu’est-ce qu’on peut faire ?
— La solution pour lui, ce serait l’apprentissage.
— Lui voudrait bien, nous aussi.
— Et moi donc. Seulement voilà, le collège unique, c’est 16 ans.
C’est vrai, autant qu’il aille faire chier un patron.
— En tout cas, ça m’a fait du bien de discuter avec vous.
J’comprends que les élèves vous adorent…
— Vous savez, j’peux être sévère aussi…
— Oui mais quand même, vous êtes vraiment quelqu’un de très sympathique, merci.
— Vous voulez qu’on aille prendre un verre ?
— Oh vous alors…
— J’plaisante…
— En tout cas, j’disais pas ça pour vous faire plaisir.
Ah bon ? Et pourquoi alors ?
Bon, là, j’fabule un poil.
Quelqu’un de sympathique
C’est marrant ça.
Mon ex, elle m’dit jamais ça.
Le p’tit père benoît.
Un gosse sympa.
Pas vraiment eu de problèmes avec lui.
Si, une fois quand même.
Il est rentré de récré avec Kader.
Visiblement, c’était chaud entre eux.
Une fois dans la classe, ils se sont frités. Joli.
Et c’est parti en vrille, insultes, bagarre.
Deux gamins de quinze ans qui se maillochent, ça déménage.
J’ai eu un mal fou à les séparer, évitant de peu le ko et j’ai eu mal à l’épaule pendant trois jours.
Enfin bref, je les ai expédiés chez le principal pour comparution immédiate.
Ils ont été exclus trois jours.
Benoît est un solitaire.
Problèmes familiaux, familles d’accueil, éducateurs, suivi psychologique.
Tout l’toutim, quoi.
En tête à tête, il est bien.
Sérieux, raisonnable.
Mais dans le groupe, il peine à faire sa place.
Il a été décidé de l’envoyer dans une classe relais.
Le principe est simple : cinq gamins par classe, un suivi à la culotte, tout ça pendant un mois.
Ils reviennent de là avec des résultats d’évaluations remarquables et des appréciations de comportement élogieuses.
Mais ça dure pas. Une fois le groupe retrouvé, c’est reparti.
Bon, ça fait toujours une pause.
Benoît s’est donc pointé en cours, et annonce à tout le groupe, qu’il part en classe relais.
J’explique rapidement de quoi il retourne, laisse s’exprimer quelques effusions et fais taire Kader qui peine à masquer sa joie.
— Tu veux dire quelque chose Benoît ?
— Oui m’sieur. Pour fêter ça, j’vais vous faire un strip tease.
Ben tiens, v’là aut’chose.
— Dis pas d’bêtises, tu t’assois. La classe relais, c’est demain. Aujourd’hui, tu travailles.
— Non non. J’vais faire un strip tease.
Toute la classe se marre.
Je fais mine de ne rien entendre et je commence l’appel.
— J’vais monter sur mon bureau, on m’verra mieux.
Rires.
— On verra rien du tout. Tu t’assois et tu te tais s’il te plaît.
— Trop tard !
En effet, il est déjà sur son bureau.
La classe le regarde, mais me regarde aussi.
Que va faire le prof ?
À vrai dire, j’en ai aucune idée.
— Allez, descend de là, fais pas l’imbécile.
— Tilalilalala, lalala, tilalilalalala, lalala…
Il déboutonne sa chemise en chantant, tout sourire.
Bon, qu’est-ce que j’fais moi ?
J’peux bien l’attraper et le foutre dehors, mais je crains qu’il résiste.
— Talalilililala, lololo, lululu, lalala…
Il est en tricot de corps.
Il commence à y avoir du chahut.
J’vais avoir du mal à me faire entendre.
Je refais une tentative.
— Si tu descends pas tout d’suite, tu sais à quoi tu t’exposes ?
— Tralalalili, lili, lala, lalala…
OK. J’vais envoyer les délégués chercher le principal.
Ça devrait le calmer.
En attendant, ils distribue ses chaussures à ses voisins.
Dans la foulée, ses chaussettes.
Il est torse nu, reste plus que le pantalon.
— Attention, mesdames et messieurs, maintenant, le pantalon !!
C’est l’ovation. Il fait un tabac.
Un élève m’interpelle.
— Monsieur, vous dites rien ?
— Si si. Je vais m’asseoir. Et je vais regarder la suite avec impatience !
En fait, je suis un peu désemparé, mais c’est tout ce que j’ai trouvé.
— Allez Benoît, fais-nous rêver !
Ça fait un peu saloon, mais bon.
En fait, j’viens de percuter. Tout ça n’est vraiment pas très grave.
Par contre, si quelqu’un entre dans la salle, j’vais être mal.
— Allez Benoît,
Il a baissé son pantalon.
Me v’là beau.
Reste le caleçon.
Le silence se fait.
La tension est palpable.
— Ahahahahah ! Enlève, enlève pas, enlève, enlève pas…
Il joue avec nos nerfs.
En tout cas, il connaît les trucs du métier.
— Alors, tu l’fais oui ou non ?
J’suis gonflé quand même.
— Talalala, trululu, en… lè… ve… ra…
Pour moi c’est quitte ou double.
Si j’ose dire.
— Tralalala, trululu, en… lè… ve… ra… pas !
La classe.
— Ouhhhhhhhhh !
Il remonte son pantalon, saute du bureau, récupère chaussettes et chaussures
Ouf !
— Ah benoît, toujours des promesses.
— Mais m’sieur, j’allais pas le faire. J’rigolais.
— Ouais. Ce serait dommage de pas partager ça avec le principal.
— Non m’sieur, s’il vous plaît.
J’l’ai pas puni. C’est un tort.
Mais bon. Classe relais, familles d’accueil, suivi.
Il a bien le droit de péter un plomb mon p’tit Benoît.
Des chroniques pas sérieuses et déconnantes sur le quotidien au collège
À ne pas prendre au sérieux.
Cher lecteur, tu entends dire en permanence que George est un super canon.
Et c’est pénible. Mais j’ai pensé à toi car vois-tu ici, tu vas pouvoir te venger.
Clique discrètement sur George et tu verras qu’en fait il n’a rien à envier au lieutenant Columbo. T’as vu ??? Très surfait en fait le soi-disant canon. Et si tu appuies plusieurs fois sur la touche + de ton clavier, tu verras qu’il a même des faux airs de Depardieu. Ou la touche -, tu verras, il fait beaucoup moins le mariole. Bon, si ta copine passe dans le coin tape vite sur la touche g, sinon elle va dire que tu es méchant et jaloux. Bof. Attends 5 minutes et recommence.
Alors ?? Qu’est-ce qu’on dit ??? Merci Charly !!!!
Sharon en SVG + SMIL