
Le p’tit père benoît.
Un gosse sympa.
Pas vraiment eu de problèmes avec lui.
Si, une fois quand même.
Il est rentré de récré avec Kader.
Visiblement, c’était chaud entre eux.
Une fois dans la classe, ils se sont frités. Joli.
Et c’est parti en vrille, insultes, bagarre.
Deux gamins de quinze ans qui se maillochent, ça déménage.
J’ai eu un mal fou à les séparer, évitant de peu le ko et j’ai eu mal à l’épaule pendant trois jours.
Enfin bref, je les ai expédiés chez le principal pour comparution immédiate.
Ils ont été exclus trois jours.
Benoît est un solitaire.
Problèmes familiaux, familles d’accueil, éducateurs, suivi psychologique.
Tout l’toutim, quoi.
En tête à tête, il est bien.
Sérieux, raisonnable.
Mais dans le groupe, il peine à faire sa place.
Il a été décidé de l’envoyer dans une classe relais.
Le principe est simple : cinq gamins par classe, un suivi à la culotte, tout ça pendant un mois.
Ils reviennent de là avec des résultats d’évaluations remarquables et des appréciations de comportement élogieuses.
Mais ça dure pas. Une fois le groupe retrouvé, c’est reparti.
Bon, ça fait toujours une pause.
Benoît s’est donc pointé en cours, et annonce à tout le groupe, qu’il part en classe relais.
J’explique rapidement de quoi il retourne, laisse s’exprimer quelques effusions et fais taire Kader qui peine à masquer sa joie.
— Tu veux dire quelque chose Benoît ?
— Oui m’sieur. Pour fêter ça, j’vais vous faire un strip tease.
Ben tiens, v’là aut’chose.
— Dis pas d’bêtises, tu t’assois. La classe relais, c’est demain. Aujourd’hui, tu travailles.
— Non non. J’vais faire un strip tease.
Toute la classe se marre.
Je fais mine de ne rien entendre et je commence l’appel.
— J’vais monter sur mon bureau, on m’verra mieux.
Rires.
— On verra rien du tout. Tu t’assois et tu te tais s’il te plaît.
— Trop tard !
En effet, il est déjà sur son bureau.
La classe le regarde, mais me regarde aussi.
Que va faire le prof ?
À vrai dire, j’en ai aucune idée.
— Allez, descend de là, fais pas l’imbécile.
— Tilalilalala, lalala, tilalilalalala, lalala…
Il déboutonne sa chemise en chantant, tout sourire.
Bon, qu’est-ce que j’fais moi ?
J’peux bien l’attraper et le foutre dehors, mais je crains qu’il résiste.
— Talalilililala, lololo, lululu, lalala…
Il est en tricot de corps.
Il commence à y avoir du chahut.
J’vais avoir du mal à me faire entendre.
Je refais une tentative.
— Si tu descends pas tout d’suite, tu sais à quoi tu t’exposes ?
— Tralalalili, lili, lala, lalala…
OK. J’vais envoyer les délégués chercher le principal.
Ça devrait le calmer.
En attendant, ils distribue ses chaussures à ses voisins.
Dans la foulée, ses chaussettes.
Il est torse nu, reste plus que le pantalon.
— Attention, mesdames et messieurs, maintenant, le pantalon !!
C’est l’ovation. Il fait un tabac.
Un élève m’interpelle.
— Monsieur, vous dites rien ?
— Si si. Je vais m’asseoir. Et je vais regarder la suite avec impatience !
En fait, je suis un peu désemparé, mais c’est tout ce que j’ai trouvé.
— Allez Benoît, fais-nous rêver !
Ça fait un peu saloon, mais bon.
En fait, j’viens de percuter. Tout ça n’est vraiment pas très grave.
Par contre, si quelqu’un entre dans la salle, j’vais être mal.
— Allez Benoît,
Il a baissé son pantalon.
Me v’là beau.
Reste le caleçon.
Le silence se fait.
La tension est palpable.
— Ahahahahah ! Enlève, enlève pas, enlève, enlève pas…
Il joue avec nos nerfs.
En tout cas, il connaît les trucs du métier.
— Alors, tu l’fais oui ou non ?
J’suis gonflé quand même.
— Talalala, trululu, en… lè… ve… ra…
Pour moi c’est quitte ou double.
Si j’ose dire.
— Tralalala, trululu, en… lè… ve… ra… pas !
La classe.
— Ouhhhhhhhhh !
Il remonte son pantalon, saute du bureau, récupère chaussettes et chaussures
Ouf !
— Ah benoît, toujours des promesses.
— Mais m’sieur, j’allais pas le faire. J’rigolais.
— Ouais. Ce serait dommage de pas partager ça avec le principal.
— Non m’sieur, s’il vous plaît.
J’l’ai pas puni. C’est un tort.
Mais bon. Classe relais, familles d’accueil, suivi.
Il a bien le droit de péter un plomb mon p’tit Benoît.
J’ai lu l’histoire de Benoît en me demandant ce que moi, j’aurais fait… D’accord, enlèvera pas.
Ce que moi j’aurais fait à votre place, pas à la sienne ;-)
Sacré Benoît ; on ne le connait pas, vous en parlez et… on s’y est attaché. Oui, sacré Benoît.
Pas facile…
Des élèves dans la même situation que Benoît, j’en ai connu et même dès le CE2 avec le même scénario.
Comme vous, je me suis trouvée bête mais persuadée qu’il ne ferait rien, il n’avait que 8 ans… Bah, il a quand même fini aussi en caleçon et j’ai prié que personne ne dise rien…
Bonjour Monsieur le Prof,
J’arrive chez vous en passant par chez la schtroumpfette ((que je remercie au passage) ce qui confirme que les voies des blogs sont impénétrables. Je me suis laisser embobiner par votre prose si bien que j’ai passé l’après-midi à lire toutes vos archives avec un indicible bonheur ! voilà, je vous ai scotché dans mes favoris et je reviendrais toujours avec grand plaisir lire vos histoires dignes du Petit Nicolas ! Par contre, rassurez-moi : tout n’est pas vrai quand même,… si ?
gloups
houlala, c’est un job dans lequel il faut avoir un gros sens de la répartie et de l’impro j’ai l’impression…
bravo, pour tout, en général…