Les 6e4 par vent contraire

– Le prochain que je choppe…

Voilà.

Les données du problème sont clairement établies, les enjeux explicites, il s’agit là d’une pédagogie de haut niveau, on peut même parler de « must » en la matière. Mais tu n’es point étonné cher lecteur car telle est ta quête en visitant ce blog, t’enivrer de ma science et te parer des oripeaux de mon alter-pédagogie pour enfin parader coiffé du béret de la certitude en agitant les moufles de la félicité.

(Ce qui te donne l’air plutôt con, mais c’est ton choix, je le respecte.)

Mais dans quel contexte particulièrement sordide est-on contraint à une telle parade ??

Une minute je te prie cher lecteur, je viens de rentrer, le temps d’une petite bière, et je suis à toi, y’a pas le feu au lac non plus, et tu connais ma devise : « doucement le matin, et l’après midi pour récupérer ».

Ce matin-là, Bourzig arborait fièrement son tee-shirt de l’OM, et comment ne pas être saisi d’une bouffée de vanité entiché d’un tel accessoire, tee-shirt dont le rêve secret était de rencontrer une machine à laver, comme ça, un soir, dans un bar, Bourzig donc, fit part à ma cohorte de 6e4 d’une trouvaille particulièrement hilarante dont voici le détail.

Bourzig, et vous reconnaîtrez là sa propension à la discrétion tapageuse et roborative, se livrait à un exercice hautement poilant qui consiste à se glisser une main sous l’aisselle, puis à lever l’épaule et ensuite la rabattre brusquement, provoquant une fuite brutale d’air accompagnée d’un bruit assez proche de celui du pet. Je précise que c’est le bruit qui rend l’exercice charmant, la fuite d’air étant généralement ignorée sauf par les passionnés de mécanique des fluides dont je suis. Tu imagines bien cher lecteur que devant l’Extraordinaire la fête battait son plein en 6e4. Et chacun de se congratuler et deviser bruyamment du comment du pourquoi Bourzig pouvait réaliser un tel miracle : imiter le bruit d’un pet avec un simple bras et une vague épaule.

Mais Bourzig, non content d’exalter l’effectif par ses prouesses, se fit honneur d’en enseigner les rudiments aux nombreux volontaires qui se manifestèrent, sans doute poussés par le souffle de l’aventure. Et de voir ainsi Bourzig dans le rôle d’un enseignant, je dois à la vérité de le dire, mon cœur en battit la chamade. Seules quelques joliesses haussèrent les épaules, mais pas pour les mêmes raisons, devant l’obscénité. Mais ne purent s’empêcher d’émietter quelques sourires, car comment résister à la puissance humoristique d’un pet, même imité de façon trivial ??

Pour pimenter la chose, les compères crurent bon d’ambiancer ma séance du jour par quelques déflagrations du plus bel effet qui ne manquèrent pas d’esclaffer l’auditoire. Ainsi chacun s’adonnait, y allant de sa note, les plus graves étant clairement, pour l’effectif, les plus amusantes.

Personnellement, je n’ai pas d’avis sur la question.

Mais que faire ??

Une fois ça va, me dis-je, ce n’est pas bien méchant. Telle est notre jeunesse qui fut aussi la notre. Car je fus jeune moi aussi, bien que cela n’apparaisse pas à première vue.

La première fois donc, dis-je, ma bienveillance l’emporta sur la stricte règle de la bienséance.

Mais curieusement, allez savoir pourquoi, à la vingtième fois je changeais soudain d’avis, et fus à deux doigts de m’emporter avec tout ce que cela induit d’effets visuels spectaculaires, yeux exorbités, teint cramoisi-vert, regard gravement divergent, etc. Mais sans doute que tous ces vents firent trop plier le roseau qui est en moi, d’autant que les bourrasques se produisaient lorsque j’étais de dos, et je trouvais particulièrement hypocrite qu’ils émissent leur pet par derrière.

(Je suis parfaitement conscient à ce stade du récit de la parfaite vacuité de mon propos, de sa vulgarité mitoyenne ainsi que de l’avilissement qui en résulte pour toi lecteur. Aussi je te mets en lien le site du Monde afin que tu puisses t’y réfugier et retrouver un minimum de dignité.)

D’où la phrase d’introduction :
– Le prochain que je choppe…

Effet miraculeux de mon alter-pédagogie, les pets s’envolèrent comme par magie (phrase hautement improbable). D’autant que j’éjectai mon trait suite à un demi tour sur moi-même exécuté à une vitesse tout bonnement ahurissante qui ne fut pas sans rappeler Michael Jackson lorsqu’il était vivant (mort y’a tout de suite moins d’analogies possibles).

Les émetteurs ne pouvaient contester le délit, ni nier. Bien sûr, quelques mains traînaient ci et là sous les tee-shirts béants, les yeux hagards dérivaient du sol au plafond, leur petit air pas futé du tout me réjouit et mon cœur s’envola telle l’hirondelle au printemps.

– M’sieur !! Si vous le choppez le prochain vous lui faites quoi ??
– Bonne question mon enfant.

Mais petite astuce alter-pédagogiste : surtout ne pas répondre.

Entretenir le doute, diffuser subtilement l’angoisse, exhaler le pire, transpirer le mal, mais ne rien dire. Laissez phosphorer leur imagination afin que surgissent dans leur vils esprits les pires craintes : colles en série, contrôles surprise et surprenants, retour dans le pays d’origine, défenestrations massives, ou pire, que je leur narre mon week-end à Perpignan où pour obtenir les faveurs d’une brune et ardente défenseuse des animaux, je dus accepter d’adopter quatre chats non vaccinés, non tatoués, ce qui va me coûter un bras.

Et là ils sont à vous, à point.

Alors la vie peut reprendre son flux, et l’on doit œuvrer maintenant, immerger chacun dans la connaissance, telles des asperges immaculées dans la vinaigrette du savoir.

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Allez hop, à la ville !!!

Samedi, je m’en suis allé à la ville, voir une gisquette que j’ai connue par ce blog.

Bon, avant de se rencontrer, on a un peu tchaté, et j’étais un peu réticent, pasque bon, je suis un poil timide quand même.
Et pis j’sais pas, quand elle m’a dit qu’elle était mannequin, ça m’a comme qui dirait deshinibé, c’est vrai, je m’suis dit, ben pourquoi pas ???

Alors hop, en route pour la ville, mais en train, pasqu’en voiture, en ville, je me perds très vite. D’ailleurs faut que je vous raconte un truc, pasqu’à la gare de la ville, y’avait un escalator qu’était tout bizarre.

Bon, au début, j’ai pas fait gaffe, j’ai mis les pieds bien où il fallait et la main sur la rampe, qui bouge en même temps d’ailleurs, c’est bien foutu quand même. Ben justement, c’est là que c’était bizarre, c’est que la rampe, elle allait plus vite que l’escalier. Alors comme moi j’savais pas, ben au début, j’ai mis ma main comme ça, à coté de moi, sur la rampe, sans trop faire gaffe.
Mais au milieu de la montée, ben mine de rien, ma main, elle était un mètre devant, j’te jure.
Bon, moi j’ai rien dit, mais quand même, ça m’a mis la puce à l’oreille, et j’ai bien senti qu’y se passait un truc. Mais quand j’ai vu que ma main continuait d’avancer sans moi, j’ai tout de suite pensé que ça allait mal finir ce truc. Ben ç’a pas loupé, j’ai fait les derniers mètres allongé sur l’escalator, tiré par la rampe, avec les pieds qui faisaient shtonk shtonk à chaque marche.
Ben putain.
Et en arrivant en haut, quand j’me suis relevé, ben ça m’avait tout salopé le jean dis donc.

Bon, tu me diras, j’aurais pu lâcher la main, mais j’ai pas pensé, et j’ai lâché des pieds.
Ben oui, la vie est bizarre des fois.

C’est pour ça que je voudrais m’adresser ici à tous les fabriqueurs d’escalators qui lisent ce blog, hé les gars, faites gaffe à vos calculs, pasque dis donc, çà fait quand même drôle de voir ta main partir sans toi.

Enfin bref, j’ai rencontré mon mannequin, et ça m’a fait tout drôle, pasqu’elle était pas trop mannequin en fait. Elle a dû le voir à ma tête, alors elle a rigolé, mais elle m’a tout bien expliqué, pasqu’en fait, elle est mannequin des pieds.

Tin, j’ai pas de bol moi.

Et des mains aussi. Ben je savais pas moi, et elle fait des photos de ses pieds, avec du vernis, ou sur une balance.
Ben dis donc, y’a d’ces métiers.

Bon, mannequin des pieds, c’est sympa, mais au resto ça sert pas à grand chose. Mais bon, après je les ai vus ses pieds, et c’est vrai que dis donc, moi j’hésiterais à marcher avec des trucs pareils. Et pis du coup, ben j’ai pas trop osé les toucher, alors j’ai touché tout le reste, tant pis.

Alors ce matin en me regardant dans la glace, je me suis demandé de quoi je pourrais être mannequin. Et ben j’ai pas cherché longtemps : des oreilles.
Pasque dis donc, j’ai de super jolies oreilles, c’est vrai. Hé, franchement, dans la rue, je devrais marcher de profil.

C’est pour ça que je voudrais m’adresser ici à tous les réalisateurs qui lisent ce blog, si vous avez besoin pendant un tournage d’un truc torride, d’un gros plan sur une oreille par exemple, contactez-moi, je me ferais un plaisir de vous la montrer.

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Rencontre avec les 6e4

Ce matin, je me rendais en ville pour boire un p’tit café bien serré, et comme j’avais dix minutes de marche, je me suis dit, et si j’écrivais mes mémoires ??
Et donc je marchais tranquille sur le trottoir, classant mentalement les glorieux épisodes de mon existence dans les divers chapitres de mon œuvre future, lorsque je repère plus loin sur le trottoir d’en face, une classe qui vient dans ma direction. Souvent les profs d’EPS emmènent les gamins au stade qui se trouve à pas loin du collège. Et je reconnais mes 6e4 ainsi qu’une collègue d’EPS et une pionne.

Les gamins sont bien rangés par deux et sages comme tout, méconnaissables quoi. Je continue à marcher pépère comme le dromadaire tout en procédant à la première purge de mon œuvre, et…
– OOOOOH !! C’EST M’SIEUR LE PROF !!!!!

Gaulé.

Je les regarde, sourire poli, sans m’arrêter, mais visiblement la rumeur circule vite et…
– HOUHOU !!!! BONJOUR M’SIEUR LE PROF !!!!

Une vraie clameur.

ils s’arrêtent et se regroupent pour me faire coucou. La collègue d’EPS s’affole, me lance un regard noir, pourtant j’ai rien fait m’dame, et commence à les engueuler. Mais j’t'en foutrais, et vas-y que j’te fais des grands coucous, et que je saute sur place en tirant la langue. Je leur fais signe d’être un poil plus discret et y font :
– VOUS ALLEZ BIEN ???
D’une façon générale moi ça va assez bien, je hoche la tête pour leur en faire part, mais bon j’accélère et j’entends :
– VOUS ALLEZ OÙ ??

Ouais, pasque faut qu’j'vous explique, le respect de votre vie privée, les gamins, y z’en ont juste rien à foutre. Mais bon je réponds au grand dam de ma collègue :
– J’vais m’acheter des croissants !!!
C’est faux mais bon, si y’a moyen de les taquiner un peu hein.
– VOUS NOUS EN DONNEREZ ????
Alors je mets mes mains en porte-voix et je dis :
– NOOOOOON !!!!!
Alors y font :
– BOUUUUUUUUUUH !!!!!

Voilà.

Bon, y s’prennent une bonne avoinée par la collègue, reforment les rangs et reprennent leur chemin.
– AU REVOIR M’SIEUR LE PROF !!!
C’est Bourzig, il a pas pu s’empêcher. Y s’prend une chasse vite fait, baisse la tête, et rejoint la troupe.

Et la prof d’EPS me lance un autre regard noir, mais encore plus, et ben dis donc, que j’me suis pensé, celle-là, sous la couette, ça doit pas être une commode.

Alors on se quitte comme à regrets, snif, mes 6e4, bouuuuuh.

Ah oui au fait, j’en étais où moi, ma biographie, ben voilà, après correction, ça donne ça :

LA VIE PALPITANTE DE CHARLY LE PROF
Chapitre I
Ben, dans l’ensemble, ça s’est pas trop mal passé.
FIN

Sympa non ?
Voilà, ben y’a plus qu’à trouver un éditeur.

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6e4 : extrait

– Alors mesdemoiselles, ces vacances ??
– M’sieur, faut plus dire « mademoiselle » maintenant…
– Ah bon ?? Et pourquoi ça ??
– Ben j’sais pas, mais faut plus l’dire.
– C’est vrai m’sieur, faut dire « madame » maintenant…
– Ben j’vais quand même pas vous dire « bonjour mesdames », vous avez onze ans !!!
– Ben si.
– Moi m’sieur j’ai dix ans.
– Ben si m’sieur, « madame » c’est pour les filles mariées, et si elles sont pas mariées alors c’est… heu… ah non j’me suis trompé…
– Merci Bourzig.
– Non c’est pour pas qu’on sache si on est mariée pasque ça regarde pas les autres.
– Oui mais j’me doute bien que vous n’êtes pas mariées…
– Oui mais ça vous regarde pas… enfin heu…
– Non mais oh !!! Anaïs ??
– Mais « madame » c’est pour les femmes !! Nous on n’est pas des femmes on est des filles !!
– Ben m’sieur, femme et fille c’est pareil !! C’est juste l’âge qui change !!
– M’sieur, « madame » c’est pour les femmes mariées et les femmes pas mariées c’est « mademoiselle ».
– Merci Bourzig.

Etc.

Bien.

– Bon alors, ces vacances, ça s’est bien passé oui ou merde ???

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Les 6e4 ont une sale dette

– M’sieur, vous me rendez mon euro ???

Hé oui cher lecteur il m’arrive bien souvent, comme à la majorité des profs, d’emprunter un peu d’argent à mes élèves. Oh jamais de grosses sommes bien sûr mais ma foi, ça aide à payer le café et les fournitures car je te rappelle que nous n’avons pas de prime de rentrée et encore moins de frais de représentation.

– Qué euro ???

Hé oui cher lecteur il m’arrive bien souvent, comme à la majorité des profs, d’oublier ces modestes prêts enfantins et d’être sidéré que les élèves les plus cupides réclament leur dû, prenant tous les risques à cette fin.

– Ben l’euro que j’vous ai prêté pour vot’ café en septembre…
– En Septembre ??? Oh mais y’a prescription !!! Malheureux !!! Pis c’est pas Noël ces jours ?? Le moment des cadeaux ??
– Vi… mais quand même… mon euro…
– Ok ok, j’vais te le rendre ton euro… Qui a un euro à me prêter ??
– …
– Qui peut me prêter un euro ???
– …
– Hého !!! Y’a quelqu’un ?? Héhoooooo !!
– Et moi m’sieur vous me rendrez mes cinq euros ???
– Et moi ma trousse ??
– Ta trousse ?? Quelle trousse ???
– Ben je vous l’avais prêtée pour que vous la montriez…
– Mais je l’ai déjà revendue moi !!! J’croyais que c’était un cadeau !!!
– Non c’était pas un cadeau j’vous l’avais juste prêtée !!
– Pardon ??? C’est quoi ce petit ton fasciste ??
– … Ben c’est vrai quoi…

Sales morveux.

– Non mais c’est la meilleure de l’année celle-là, vous osez me réclamer de l’argent, mais vous avez une idée de la dette que vous avez ???
– …
– Non parce que si vous regardez les infos, vous devez savoir que notre pays, la France d’en bas, elle doit tout plein de sous à on sait pas qui, et que tout ce paquet de pognon c’est tous qu’on va payer !! Même vous !!
– …
– Tout le monde sera mis à contribution, les classes populaires et les classes moyennes !!
– Hé m’sieur, on est une classe moyenne nous ???
– Ah ça oui, très moyenne même…
– Alors on va payer ??
– Ben oui. Alors nous disons… 1700 milliards d’euros de dette souveraine… divisés par… 65 millions de français souverains… ça nous fait donc… heu… 1700000 millions par 65 millions… donc 170 par 65 ben ça fait 2 et je retiens… heu… quelqu’un a une calculatrice ???
– Moi m’sieur !!!!
– Ah merci… alors fais-y voir…1700000 divisé par 65… ben ça fait… 26000 € par français !!!! Donc 26000 € par 6e4 !!! Oh la dette que vous avez !!! Ahahahah ! Oui ???
– Mais m’sieur, tout le monde va payer ?? Même les bébés ??
– Ben bien sûr, pourquoi y payeraient pas eux ??
– Mais… y zont pas d’travail…
– Ah bon ?? Mais est-ce qu’ils en cherchent au moins ??? Non à l’assistanat !!!

Excuse-moi cher lecteur, je m’emporte. Mais concède avec moi que le libéralisme est une vraie drogue qui peut faire dire n’importe quelle connerie.

– Alors vous osez me réclamer un malheureux petit euro alors que vous en devez 26000 !! Oh trop gonflé l’autre !!
– C’est pas juste on n’a rien dépensé…
– Bah c’est normal vous êtes mineurs, on  a dépensé à votre place.
– Mais m’sieur pourquoi on fait pas payer les gens riches ???
– Mais pasqu’ils sont pas nombreux !!!! C’est une espèce protégée !!! Et si on leur prend tous leur sous, ben y’aura plus de riches !!! Tu veux que les riches disparaissent ??? Comme les baleines ??
– … Ah ben non, c’est gentil les baleines…
– Et ben voilà, alors faut faire payer les pauvres, y sont plus nombreux, donc ça fait moins mal, pis y risquent pas de disparaître eux…
– Oh m’sieur en vrai y sont trop gentils les riches !!!
– Mais bien sûr les enfants. Si les riches on les avait pas, ben on serait tous pauvres. Allez, au boulot !!
– Oh m’sieur !!! Et mon euro ???
– Tu le déduiras de ta dette. Ah au fait, bonne année les 6e4 !!!!
– BONNE ANNÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉE M’SIEUR!!!!

C’est ça les gamins, pas rancuniers pour un sou, et c’est comme ça qu’on les aime.
Snif.

Voilà. Étonnant tout de même, comme d’un simple échange bon enfant on peut rebondir sur des notions complexes d’économie.
Y’a des jours, je m’épate.

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Tout Charly pour 30€ !!!

Allez lecteur, fais pas ta ratasse, tout le blog pour 30€ !! Toi qui sais jamais quoi offrir !!! Tu préfères passer ton samedi en ville à chercher un cadeau à la noix ??? Au dernier moment en plus ??? Allez !!! Deux livres tout beaux avec 750 pages dedans !! Avec les fautes d’origine et tout !! (C’est faux j’ai corrigé celles que j’ai reconnues.) Et que j’ai dessiné moi-même les couvertures tout seul et que d’ailleurs j’me suis bien emmerdé avec le pont du Gard !!! 750 pages de franche rigolade, allez quoi !!! Tu vas quand même pas te pointer au réveillon les mains dans les poches non ??? Si ???

Crapule.

Le livre Les 6e4 vous saluent bienLe livre Le collège Edmond-Philogène
Les livres

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Chez les 6e4, on pétrit le bonheur à pleines pognes

ATTENTION !!!! ATENCIÓN !!!! ACHTUNG !!!! DIQQƎT !!!!

Ce texte comporte un nombre considérable de grossièretés. En effet, le mot c… est cité à plusieurs reprises ainsi que le mot c…. Je te sais sensible cher lecteur aussi je te déconseille de consommer cette infâme mixture, d’autant qu’une fois dans ce texte, apparaît aussi le mot c…

Il fut 8h34 ce jour-là quand jaillit soudain du fin fond de la classe, la chose suivante :
– Ah merde !! Y’a une couille dans l’pâté !!!

Tu imagines sans peine cher lecteur l’état dans lequel je devins sous l’impact du mortier. Aussi réagis-je promptement comme suit, non sans avoir récité au préalable trois benedicite et je vous salue Marie :

– Non mais oh Brizouille, t’as pas des expressions plus comestibles non ?!?! Une couille dans l’pâté, non mais c’est quoi ces expressions à la co… heu… à la noix ?? Hein ?!?!
– Scusez-moi m’sieur, c’est parti tout seul…

Tu imagines cher lecteur la poilade sonore qui s’empara de la troupe à l’annonce faite par Brizouille, reléguant du coup mes injonctions au rang de bruitage pour malentendants et mon statut de prof à celui de préposé à l’éveil musical à Roissy aux heures de pointe. Je sentis bien à ce moment précis, que les 6e4 touchaient à une espèce d’extase, de grâce, de l’ordre de l’indicible, une certaine forme de transcendance, car enfin, et reconnaissons le une bonne fois, une grossièreté bien pansue vautrée dans une salle de classe, et en plein cours, franchement, que reste-t-il après ça ???

– C’est parti tout seul ?? Tu l’as quand même bien accompagnée non ??? Et d’où tu sors des expressions pareilles toi ??
– Ben j’sais pas… ça s’dit pas ??
– Ben quand même, on dit pas « couille » pendant un cours… dans l’pâté en plus…

Le fait d’avoir dit « couille » à mon tour transporta l’effectif aux confins du nirvana, car un prof qui dit « couille » c’est pas tous les jours, c’est Collector, ça s’arrose, telle la première dent du p’tit, et le volume sonore dépassa largement les normes en vigueur en prenant trente décibels dans la vue : Roissy foulé aux pieds.

L’hilarité générale fit plaisir à voir, comme quoi, un simple mot… Ah l’insouciante jeunesse !!!! Mais afin d’éviter la débandade, je me dus de mettre le holà à ce tollé :

– OOOOOOOOOH !!! MAIS C’EST PAS UN PEU FINI CE BOR… heu… ce… ah zut… heu… j’l’ai au bout de la langue… heu… CETTE PAGAAAAILLE ??? MORGNOLE QUOI ???
– Non je disais Monsieur, c’est vrai que c’est vulgaire comme expression…
– Ah, t’as entendu Brizouille ?? Même tes copains n’emploieraient pas une telle expression… Oui Morgnole ??
– Et pour la bonne et simple raison Monsieur Le Prof, qu’à la maison nous ne mangeons pas de pâté mais de la terrine…

Y s’foutrait pas d’ma gueule lui ???

L’assujetti à l’ISF me prendrait-il pour une truffe ??? Hum???

Mais à sa décharge, et soyons équitables, une « couille dans la terrine », ça l’fait moins, c’est vrai.

(Renseignements pris auprès de collègues compétents, il semblerait que l’expression « couille dans l’pâté » soit largement répandue et que son succès soit due à sa puissance d’évocation à la limite de l’allégorie, au jeu subtil des allusions et leur imbrication complexe, à la petite touche de vulgarité qui rehausse l’ensemble, et qu’elle allie en un trait d’une remarquable concision l’inattendu d’une situation à l’effet de surprise résultant. Sous son allure de métaphore burlesque et sexuellement connotée, elle nous révèle une vraie capacité à synthétiser ce qui d’ordinaire relève de l’expertise en matière de constat, d’échec en l’occurrence. Toutefois, elle n’est pas typique de nos régions puisque l’on retrouve une variante tout aussi imagée dans le nord de la France « la couille dans l’potage », dont la déclinaison potagère semble liée à une température bien moins clémente chez nos amis du Nord qui explique en grande partie le choix du met. Et puis c’est vrai qu’ici, nous sommes plutôt pâté.)

– Hé m’sieur, si c’est dans l’dictionnaire, c’est pas un gros mot « couille » ?? Non ??
– J’veux pas l’savoir, dictionnaire ou pas, j’veux pas d’couille en classe, C’EST CLAIR ?!?!

Tu parles que c’est clair : raz de marée immédiat, des vagues de fous rires hautes de 15 mètres dévalant sur mes mocassins Auchan, déferlant parmi les tables dans un raffut du diable emportant ce qui me restait de dignité dans un des plus beaux foutages de gueule de ma vie vus, me laissant comme un c…, que dis-je : comme une péninsule.

Mais c’est vrai que sous l’effet de l’emportement, parfois, certaines phrases se présentent à l’auditoire dans une tenue plutôt débraillée voire incomplète, d’où des quiproquos parfaitement regrettables. Car tu le sais cher lecteur : « un seul mot vous manque et tout est dépeuplé ».

– Ha ça, ça vous amuse, ah oui, pour ça, ah oui, ah ben d’accord, si j’avais su…
– Mais m’sieur, un mot qu’est dans l’dictionnaire on peut le dire non ???
– HOOOOOO !!! Un peu moins de bruit s’il vous plait !!!! Oui Morgnole ??
– Si un mot est dans l’dictionnaire c’est qu’on peut le dire oui ???
– Ah ouais ?!?! Hitler aussi est dans l’dictionnaire, ça l’rend pas plus fréquentable pour autant non ?? Et toc, cogite ça au château. Bon allez, on…
– M’sieur m’sieur !!! Et qu’est-ce que j’dis à la place de la couille dans l’truc alors ??
– Hé bien mon cher Brizouille, tu peux tout à fait, à la place de « couille dans l’café »
– DANS L’PÂTÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ M’SIEUUUUUUR !!!!!!
– Ah oui, décidemment, j’ai un problème avec le pâté moi, excusez-moi les enfants. Oui donc, si tu manques d’expressions Brizouille, j’peux t’en livrer. Tu as « le cheveu sur la soupe » par exemple, c’est pas mal non ??? Tu as « la mouche dans le lait » aussi, et bien d’autres encore, j’sais pas moi… mais certainement pas une couille dans la purée…
– DANS L’PÂTÉÉÉÉÉÉÉÉ M’SIEUUUUUUR !!!!!
– Oui dans l’pâté, excusez-moi, autant pour moi. Bon, en tout cas, si j’entends encore ce genre de truc je vais sérieusement sanctionner, car nous sommes dans un collège je vous le rappelle, et ça ne me fait pas rire du tout !!!

Je n’étais pas sûr d’avoir bien compris ce que je venais de dire, mais vu le bordel ambiant, je sus que visiblement les 6e4 : si.

Alors je pensai trouver brin de grâce auprès de Fanny, un poco de dulzura en este mundo de animales, le soupçon de mayonnaise qui rend la patate si douce, et m’enquis de savoir comment d’aussi chastes pavillons avaient enduré de si vilaines choses, aussi m’adressai-je à la joliesse :
– Alors Fanny, pas trop choquée ?? Je suis vraiment désolé mais…
– Mais non m’sieur ça va !!! Hé m’sieur, hihihihihihi, couille, ça rime avec Brizouille…

À part ça, ça va.

 

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La complainte du ver à soie

Figure-toi cher lecteur que ce matin, Bourzig m’en a raconté une bien bonne.

J’étais en train de lui passer une soufflante pour travail excessif, lui expliquant que le surmenage n’était pas une fatalité, que l’on pouvait lutter, qu’il en avait les moyens, mais aussi pour quelques grossièretés échappées de sa conversation avec Trapugne, grossièretés qui vinrent irradier mes lobes, chatouiller ma zone pavillonnaire, échauffer mes enclumes faisant rosir mes gracieuses pommettes, choqué que je fus par la petitesse de ses grossièretés.
Soufflante à laquelle il réagit, faisant part de la difficulté lors de conversations à bâtons rompus de contenir certains excès rhétoriques, de maîtriser l’emphase nécessaire à la vie du débat afin de rester dans un cadre légal, et enfin, de respecter les règles syntaxiques de base. J’abondai dans son sens et proposai, sans emphase ce coup-ci, une paire d’heures de colle, mais dans un style épuré, visant à l’essentiel, afin qu’il détaille par écrit son argumentation. Offre qu’il déclina, alors je m’inclinai.

Enfin bref, et pour faire court cher lecteur, il en branlait pas une et je lui ai mis une bonne chasse.

Allez, je reprends : j’étais en train de lui passer une soufflante pour travail excessif lorsque…

– Mais m’sieur, c’est normal qu’on dise des gros mots puisqu’on parlait de gros mots.
– Argument imparable. Alors si j’ai bien compris, si on parle de baffes, j’peux t’en coller une ????
– Non mais je racontais à Trapugne que mon père y nous amène toutes les semaines avec ma sœur à l’arbre aux gros mots…
– L’arbre aux gros mots ?? C’est quoi ça ???
– Ben pour pas qu’on dise des gros mots, mon père y veut qu’on les dise tous une fois par semaine à l’arbre aux gros mots, comme ça après on en dit plus.
– C’est pas bête ça, et ça marche ??
– Non.
– ?!?!
– Mais on rigole bien, et ma mère elle est pas d’accord, mais mon père y faisait pareil quand il était petit, et mon grand-père aussi et même avant aussi…

Ainsi dans la campagne environnante, des générations de Bourzig contribuaient à la déforestation par des méthodes sans contacts, innovant en la matière, titillaient l’équilibre écologique précaire en soumettant aux insanités les plus viles un arbre sans doute centenaire, dont le grand âge mériterait un peu plus de respect.

– Donc vous dites tous les gros mots que connaissez et après…
– Ben pas tous non plus, pasque mon père il est jamais très loin, et ma mère des fois elle est choquée et elle engueule mon père… hihihihihihihi….
– Et ça te fait rire ??
– Ben oui…
– Hé bien bravo…
– Et mon père y dit que comme ça, y voit notre progression.
– Et tu progresses ???
– Ben oui, et mon père y dit que si c’était le bac, je l’aurais déjà.
– Oh, avec mention j’suis sûr…
– Oui, et ma sœur progresse aussi, mais mon père il entend pas les gros mots de ma sœur, elle les dit doucement.
– Oui mais les filles c’est plus discret…
– Ah ben ça j’crois pas, en tout cas pas ma sœur…
– Allons allons, et c’est quoi comme arbre ??
– Heu… un mûrier je crois, mais là il est bien mort.
– Tu m’étonnes…

Ainsi Bourzig reconnaissait la maltraitance infligée à cet arbre centenaire et je n’osai imaginer les conséquences irréversibles pour les vers à soie, dont on peut estimer que sous l’influence de telles mutations génétiques ils n’en viennent à produire du nylon ou de la toile de jute. J’eus une pensée émue pour ce vieil auditeur des insultes les plus viles, faisant office de confessionnal rural, dont la vie s’était achevée en compost d’insanités mettant en péril la vie précieuse des cocons résidents.

C’est donc fort tristouille que ce soir venu, je rejoignis le logis d’Isabelle.
En effet, la joliesse m’avait invité pour une énième explication/réconciliation/résolution/engueulade, afin selon elle, de me dire mes « quatre vérités ». Expression que je trouvai très en dessous de la réalité puisque c’est au moins une trentaine de vérités qu’elle me révéla, dont une dizaine que je niai farouchement étant clairement de la pure diffamation, une douzaine dont je concédai qu’elles mériteraient d’être débattues, sans tabou c’est vrai, les soixante dernières étant, je le confessai, véridiques, puisque portées à ma connaissance par la quasi totalité de mes ex (la totalité en fait) et qu’une telle convergence de témoignages convaincrait n’importe quel jury d’assise.

Mais crois-moi cher lecteur, je fus fort marri d’autant de vilénies portées à mon discrédit.

Une fois passé le grain, je m’enquis de savoir si l’accès à ses charmes m’était maintenu. En effet, Madame paradait en short devant moi, le chemisier largement échancré dont je vis bien malgré moi ce qu’il cachait (bonne mère !!!) lorsqu’elle se pencha pour arroser son ficus. Pauvre de moi !! J’étais fait comme un rat, prêt à signer tous les aveux si à ses atours je pouvais accéder. Mais hélas, me toisant, ayant deviné mes rêves secrets, elle m’adressa un « ne rêve pas trop mon canard » qui déstabilisa à la marge mon aisance naturelle.

Aussi, lorsqu’elle regagna la cuisine afin de compléter son arrosoir, j’observai d’un œil vengeur ce haut ficus dont elle était si fière, et par pure méchanceté, repensant à l’anecdote de Bourzig, je me mis à l’ouvrage.

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Préambule type d’un cours de techno avec les 6e4

– De toute façon, les filles, c’est plus intelligent que les garçons.

Ce matin, c’est Fanny qu’a foutu son boxon.

Encore une guerre des sexes, me suis-je pensé, comme si on n’avait qu’ça à foutre.

– HOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOÉÉÉÉÉ !!!!!

Ça, c’est la réaction des garçons. Qui n’en demandaient pas tant pour engager la conversation. Mais bon, en même temps, une bonne grosse discussion sans intérêt, ça passe le temps, et pendant ce temps, c’est glandouille générale, ni vu ni connu, le prof y voit que dalle, c’est vrai, on te le ballade comme on veut l’autre con.

– Hé m’sieur !!! C’est pas vrai c’que j’dis ???
– Ben j’sais pas moi, j’avais préparé un cours sur les énergies renouvelables, alors là tu me prends un poil au dépourvu. Et puis j’y connais rien en fille…
– HOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOÉÉÉÉÉ !!!!!
– Pardon ?????
– …………

Bien.

Oui je disais que je n’y connais rien en fille, mais quand même. Mais si je devais préparer un cours sur le sujet, je serais plutôt embarrassé. Ou alors je ferais simple, les grandes lignes quoi. En gros, qu’il existe deux variétés de fille dans la vie : celles qui lisent Télé7Jours et celles qui lisent Télérama. Pour faire simple quoi. Les bases en fait.

Et donc que les lectrices de Télé7Jours portent des coordonnés bien plus rigolos et sont bien plus promptes à les enlever que les lectrices de Télérama. Mais ces dernières ne s’en vexent pas car elles sont bien meilleures en mots-croisés, ceci compensant cela (cher lecteur, tu concluras de ce qui précède ce que de droit, je ne te fais pas de dessin ;-) ;-) ;-) )

Alors évidemment j’ai simplifié, car dans la réalité, il y a aussi les lectrices de TéléZ, mais ça nous entraînerait trop loin.

Mais laissons Brizouille intervenir :
– Les filles, bof, ça pleurniche, ça parle tout le temps, et comme c’est des filles, on leur donne toujours raison alors…

Mais comment y sait tout ça lui ??? Si jeune ???

– Et comment tu sais tout ça toi ???? Si jeune ???
– Ben j’sais pas, mais c’est vrai…
– Tu sais pas mais c’est vrai ??? Alors ça les enfants, ça s’appelle une intime conviction, et c’est tout à fait valable devant un tribunal.
– Ben moi je sais et c’est faux…
– Heu… ça devient compliqué votre truc…
– Ben si on nous donne toujours raison c’est qu’on a TOUJOURS raison.
– OUAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIS !!!!!

Écoute-moi les les pisseuses.

– Oh les tronches, vous vous calmez ???  Ah, Bourzig souhaiterait participer au débat…
– Ben oui pasque c’est pas elles qu’ont été sur la lune les filles, et qu’ont trouvé les grandes inventions…
– Tu as tort Bourzig, on leur doit la pince à linge et le clafouti aux cerises…
– HOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOÉÉÉÉÉ !!!!!
– Et la tarte Tatin…
– Très juste Trapugne. Mais la meringue, c’est nous…
– Et les épinards c’est qui ???
– Ben vois-tu Bourzig, les épinards c’est pas une invention, c’est une découverte, comme l’Amérique…
– Ouais moi les épinards j’aime pas trop…
– On s’en fout Morgnole, Fanny ???
– M’sieur !! Vous regardez quoi en premier chez une dame ???
– Oh, c’est très indiscret comme question. Ce que je regarde en premier ??? Son intelligence bien sûr. Ce qui saute aux yeux quoi. Et j’avoue une nette préférence pour les dames bien dotées en intelligence…
– Ah ben moi c’est les yeux que je regarde…
– Ah mais moi aussi, mais dans un deuxième temps, après avoir longuement conversé, appris à la connaître, je peux éventuellement m’intéresser à l’aspect physique, les yeux, les oreilles aussi…
– HOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOÉÉÉÉÉ !!!!!
– Pardon ?????
– …………
– Ah ben vous êtes pas comme les autres alors…
– Et les endives, c’est pas une invention non plus ???
– Oh, t’as la dalle Bourzig ??? Ouais heu, si elles n’ont rien inventé les filles c’est peut-être pasqu’on leur a pas demandé en même temps…
– OUAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIS !!!!!
– Hé m’sieur, le cassoulet, c’est une découverte ou une invention ???
– Bon quelqu’un peut lui donner un truc à bouffer à çui-là…
– Alors m’sieur, vous êtes d’accord, les filles c’est plus intelligent…
– Allons Fanny, pas d’exaltation je te prie. Ben je dirais que certaines filles sont plus intelligentes que certains garçons, que l’inverse est tout à fait crédible, et que concernant les 6e4, je vous laisse trouver les noms, ahahahah !!!
– ………….
– Ok. Bon. Et bien heu… alors ces énergies renouvelables, on se les coltine ???

En tout cas, que les 6e4 me questionnent sur les choses de la vie, qu’ils reconnaissent de la sorte ma grande sagesse en toute chose me touche, c’est vrai. Pourtant j’essaie d’être discret quant à mes qualités. Mais bon, chassez le naturel et il revient au trot (pas au galop, pasque mon naturel est plutôt cool).

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L’égoïsme expliqué aux enfants (2/2)

— Bon, un autre exemple alors, pour les mauvais esprits de la classe. Si vous avez deux bonbons, et que vous en donnez un, y vous en reste plus qu’un… c’est ballot hein ???

L’argument fit mouche, la classe approuva des deux mains, certains précisant même que quand on en a deux : on ne donne rien.

Ah la bonne heure !!!

Quand soudain, Bourzig m’interpella :
— Oui mais si c’est pour ma p’tite sœur le bonbon ??
— Surtout pas malheureux !!! C’est ça le piège !!! Méfiez-vous des p’tites sœurs !!! Ohlala la bourde !!!

J’expliquai à Bourzig que dans la vie, les tentations d’être généreux étaient nombreuses, surtout avec les plus faibles, mais qu’il fallait résister à la tentation, prendre sur soi, et que seul un travail quotidien, à la force du poignet, lui permettrait d’éviter de sombrer dans l’engrenage infernal d’un altruisme grossier.

— Et moi m’sieur, si j’ai pas fini mes nouilles, j’peux les donner à mon frère ???
— Si tu n’en veux plus, bien sûr que tu peux. Mais pense à lui demander quelque chose en échange. Et s’il refuse, sache que tu peux toujours les congeler.

S’ensuivit toute une série d’échanges où je réfutai un à un leurs petits arguments et pour finir, chassai sans façon leurs funestes manières.

Lorsque Fanny revint à la charge :
— Oui mais m’sieur, faut bien donner aux pauvres quand même…

C’en était trop, et mon sang ne fit qu’un tour (il aurait pu en faire plus, mais là aussi, je gère). Entendre de telles fadaises m’incita au malaise, ou, de telles vilénies convoquèrent l’embolie (en fait, j’ai hésité entre les deux formules, bien qu’ayant un penchant pour la première, et puis comme il fallait bien faire un choix, j’ai mis les deux).

— Ah bon, et pourquoi on donnerait aux pauvres, alors qu’on ne prête qu’aux riches ???

Les 6e4 échangèrent quelques regards médusés, puis, conquis par la logique exemplaire de mon trait, s’enflammèrent, opinant à volonté devant tant d’évidences.

— Compris les enfants ???? Alors, à apprendre par cœur pour la semaine prochaine : « Dans la vie, vaut mieux avoir trop de bonbons que pas assez ». Et entraînez-vous !!!

La ferveur gagna l’effectif :

— Oh m’sieur, l’égoïsme c’est trop bien !!!
— Oh c’est trop cool m’sieur !!!
— Je sais mes enfants…

Une première larme dévala ma joue burinée par les embruns iodés de ma salle de bain mal ventilée. Je venais de former une bande de parfaits égoïstes, je n’en étais pas peu fier, mais je pris sur moi et n’en fis pas toute une histoire.

Tu comprends enfin cher lecteur la dure tâche d’enseigner, la difficulté de leur faire saisir une notion simple. Ah mon dieu, que de rabâchages !!! Mais telle est notre mission, notre sacerdoce, notre chemin de croix.

La tâche fut rude, il est vrai, car subsistait chez les 6e4 un reliquat de générosité, conséquence d’une éducation bâclée et irresponsable. Alors ne les blâmons pas. Et puis je les comprends, car moi aussi, avant d’être un maître en radinerie, j’étais d’une générosité naturelle, d’une gentillesse maladive, et d’une bonté divine.

Alors je regardai au loin, par-delà l’effectif, ces feuilles mortes que le vent emporte, au son des sanglots longs des violons de l’automne, et de nouveau, l’émotion me submergea, telle la chantilly le banana-split.

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