
J’ai eu des enfants handicapés dans mes cours.
Ils sont là le plus souvent en raison de la combativité des parents qui veulent à tout prix que leur gosse soit comme les autres.
Rémy avait une maladie génétique, des malformations au visage, au niveau du cœur.
Les élèves de la classe ont été bien préparés à son arrivée mais ont eu des difficultés à s’en approcher.
J’ai appris par la principale-adjointe qui venait de rencontrer les parents, que le moineau était condamné et qu’il le savait.
On apprend des trucs, comme ça, au détour d’un couloir, mais on sait pas trop quoi en faire.
J’ai traversé la cour, ou ça sautille dans tous les sens, ça crie, ça rigole et moi, j’avais de la mort dans la tête.
J’ai cherché le moineau. Il était seul, et jetait des cailloux contre un mur, cool, comme ça, distraitement.
Je lui ai proposé de rejoindre les autres et de s’amuser avec eux.
Il a refusé.
Rémy avait de vraies capacités mais était pour le moins un peu fainéant.
Donc je le punissais, et son père que j’avais croisé un soir à la sortie du collège m’en était reconnaissant.
Il était content que je punisse son fils, comme ça, ça faisait de lui un gamin comme les autres.
La reconnaissance passe par des voies parfois.
Je voudrai vous en dire plus, mais je peux pas.
Vraiment, je peux pas.
Mon deuxième moineau était paraplégique. Un super gamin, une pêche incroyable.
Pierre.
Un surveillant venait à chaque fin de cours pour le déplacer d’une classe à l’autre, un bon élève et plein d’humour.
D’ailleurs souvent il me vannait. Mais je me gardais bien de réagir. J’avais tort d’ailleurs.
Mais le souvenir que j’ai, c’était lors d’une sortie, dont le but était de leur faire planter un arbre.
Pour les parents, il était hors de question que Pierre n’en soit pas.
Son père a pris un congé d’une après midi et a transporté Pierre dans son véhicule aménagé, en suivant le bus.
Arrivés sur place, nous devions grimper sur des talus, passer dans les bois, crapahuter quoi.
Son père a sorti une sorte de chaise portable, il a assis Pierre dessus, l’a sanglé et a fixé le tout sur son dos.
Pierre devait faire 40 kg. Et le père nous a suivi toute l’après midi, il était en nage.
En nage.
J’ai proposé de le remplacer.
Mais il n’en était pas question m’a t’il répondu en souriant, d’ailleurs il a souri toute l’après midi.
Pierre sur son trône a fait le con tout le temps.
Et ç’a duré trois heures.
À la fin de l’expédition, son père épuisé, a installé son gamin dans sa voiture, s’est changé discrètement, et nous a rejoint.
Il était pleinement satisfait de cette sortie et n’a fait que parler de ça, alors que moi, j’étais soufflé par ce que j’avais vu.
Et il souriait encore.
J’avais envisagé de faire un cours sur les connards, faudrait que je songe à en faire un sur les gens bien.
Ouais.
Faut qu’j’y pense.
Excuse-moi, Charly, j’ai quelque chose dans l’œil, je ne pourrai pas relire.
À mon tour de te dire je t’aime.
Le dessin de toi est très touchant avec l’oiseau sur l’épaule. C’est pas par hasard que t’as mis tes verres fumés hein!
Lustrons un peu le rustre et on aperçoit enfin un mot > vo…voca…pfff, j’ai aussi du mal à lire, de la buée dans les lunettes, doit être parce que je viens d’ouvrir le lave-vaisselle.
Oui, sûr que c’est ça.
Bizettes
oui, c’est très émouvant. Nous on a eu un petit qui avait une leucodistrophie osseuse (genre de myopathie) et un petit hémophile, qu’on couvait comme des œufs d’or, avec des auxiliaires de vie en classe, çà se passait bien. C’est bien qu’ils soient avec nous. Les élèves acceptent bien, en général, faut juste surveiller, c’est tout. Si cela devenait banal, et que tout le monde était équipé, çà serait une bonne chose. Une symphonie de bisous, et un merci pour tes chaleureux coms, charly.
tout simplement …
Merci
Raymonde, les verres, ce n’est pas le hasard.
Le vert non plus, d’ailleurs.
Mélina, pénible cette buée, et il est souvent bon d’ouvrir pour l’évacuer.
tidoigts, j’ai bien reçu la symphonie. En reçois-tu l’écho ?
Beuleu, simplement, voilà un mot que j’aime bien.
Tout simplement.
Bisous multiples.
Surpris !!!
Les profs cyniques et desabusés auraient ils tout de même une âme ? Bravo Charly, je trouve que vous êtes très bien aussi comme ça !
Il
est des textes lacrimaux ou la dérision se repose pour laiser sa place, et ou l’humour s’efface pour une autre émotion!!!!!
Quelle talent
tu as le don de nous faire rire ou pleurer.
C’est une belle histoire que tu nous racontes aujourd’hui.
Merci Charly
ouaip. Merci beaucoup.
Merde Charly, tu fais chier à la fin. Dans nos liens on avait mis : Charly, affreux sale et méchant, Honte à lui. Je vais devoir changer. Ah la la,ces gens compliqués…
merci
Bon tu as réussi à me faire pleurer encore une fois, mais je t’en remercie car ton texte est beau.
Merci beaucoup beaucoup beaucoup Charly.
Maintenant je vais lire les autres commentaires.
quelle talent au féminin, c’est dire si j’étais remuée (agitée, mais non secouée, comme le martini de James Bond)
Merci!
Une maman couveuse.
Merde Charly …
Comment je fais faire pour lire l’article suivant, qui devrait nous arracher un rire non ?
Je le lis pas.
Je reviendrais ce soir, ou demain.
Quand j’y verrais mieux.
J’ai hésité avant de poster ce texte.
Parce qu’il disait l’émotion.
Il me paraissait trop décalé par rapport à la tonalité du blog.
Et puis j’ai pensé deux choses :
1) Je vois et je veux dire.
2) La surprise que vous avez eu c’est la mienne lors de l’annonce reçue au détour de ce couloir.
Donc on partage.
Ça aussi.
Bisous.
Charly ;-)
ptet que oui, ptet que non …
décalé par rapport à la tonalité du blog … Mais tout à fait dans le titre : ça aussi ça fait partie du cartable ;)
Bizzz
ouhlala tu es aussi bon dans l’humour noir que dans le larmoyant….pfff je vais chercher un mouchoir tiens!
Il n’en manquait que deux pour tu sais quoi.
… C’est fait. Quoi, c’était drôle la première fois seulement ! Zut alors !
C’est grâce à tous les Rémy, Pierre et les autres ainsi qu’à leurs parents que nous grandissons… Parce que personne ne sort indemne d’une expérience vécue avec une personne atteinte d’une grave maladie ou d’un handicap. Sans sans rendre compte, ils nous enseignent ce que sont le courage, la ténacité, la soif de vivre et surtout la joie de vivre. Sans oublier les larmes, parce qu’elles font aussi partie de la vie…
Merci à eux et merci à leurs parents de se battre pour qu’ils puissent bénéficier du même traitement que leurs camarades de classe.
Merci Charly pour avoir partagé avec nous ces souvenirs. C’est ça la vie. Elle est parfois injuste et cruelle et pourtant si belle…
merci antirouille d’avoir ressorti ce texte des archives à Charly, je ne l’avais pas lu.
Très beau.