Le mot magique

(Attention, l’histoire qui suit ne présente aucun intérêt. Elle peut par contre représenter un excellent test pour votre fil RSS.)

Ce jour-là, Trapugne et Brizouille prirent à parti mon Bourzig pour je ne sais quelle obscure raison. Mais comme tu le sais cher lecteur, bien souvent, l’élève a ses raisons que l’enseignant ignore.

Mais quel crime avait donc commis le sieur Bourzig pour déclencher un tel courroux et animer ainsi les deux momies ???

D’après Imad, ces deux-là, pour le dernier contrôle de l’année avaient révisé ensemble, et du coup ont obtenu une note au dessus de la moyenne. Oh bien sûr, pas beaucoup plus, mais suffisamment pour créer un précédent.

En procédant de la sorte, sans le savoir, les deux mousquetaires firent scission.

Bien sûr, Bourzig ne l’entendit pas de cette oreille et fit moult réprimandes aux deux larrons, les traitant, je cite, de : « fayots ». Je dois confesser qu’après avoir observé ces deux-là passer des heures et des heures, et des journées, et des mois, à s’identifier au papier peint, ou selon la forme, à une chaise, les voir ainsi adopter le statut de travailleurs intérimaires me rendit perplexe à mon tour. Mais admettons, et mettons cela sur le compte d’une distraction de leur part.

Et c’est ainsi que d’invectives en joutes assassines, des profusions de quolibets succédèrent aux joyeusetés diffamantes, et je vis mon Bourzig succomber au rapport de forces et se transformer peu à peu en moins que rien, réduit par leur venin à l’état d’immondice.
Et autant de sceaux d’infamies et autres brouettes de bile déversés laissèrent Bourzig outragé, Bourzig brisé, Bourzig martyrisé, mais Bourzig libéré.

Abonné depuis belle lurette aux chamailleries de cet âge, je ne prêtai qu’une oreille distraite, veillant seulement au respect de la langue, qu’ils n’en vinssent point aux mains, et j’attendais serein l’inévitable dérapage qui ne manquerait pas de me faire poiler intérieurement.

Bourzig tenta bien quelques sorties, bafouillant de rage, mais quand ce qui se conçoit mal s’énonce tout aussi mal, et quand les mots pour le dire n’arrivent pas vraiment, l’élocution approximative résultant ne fait que vous enfoncer un peu plus. Jusqu’à ce que n’en pouvant plus de colère, le belligérant Bourzig abandonne toute retenue et dise l’indicible, nomme l’innommable, prononçant le mot fatal que je vous livre chers lecteurs, non sans gêne croyez-moi :
— Allez vous faire enc?ler !!!!

En faut-il de la colère pour préconiser à autrui pareille intromission.

Malgré la précaution prise d’exprimer sa suggestion à mi-voix, le mot jaillit tel un geyser du fin fond de la classe et parcourut à la vitesse du son en de splendides ondes concentriques l’espace nous séparant. Puis, l’infamie vint tournoyer autour de mes sublimes pavillons et titiller mes limbes, pour ensuite caresser en de gracieuses volutes le duvet soyeux de mon oreille interne. De là, à la vitesse de la lumière, surfant sur d’infimes ondes électriques aux allures sinusoïdales, le vœu atteignit mon cortex, et je frôlai le collapsus.
Quant aux élèves, leurs yeux pointèrent dans ma direction, comme unis par un strabisme convergent et collectif, puis attendirent ma réaction.
La voici, dans sa version allégée :
— Qu’est-ce que je viens d’entendre ????

L’auteur de l’ignominie se garda bien de réitérer son élégante invite aux deux lascars, on peut le comprendre, et je n’étais pas con au point d’imaginer qu’il la répétât, mais comme tu le sais cher lecteur, il en va des réparties comme de certaines salles de sport, elles permettent aux neurones de s’échauffer avant que de pénétrer dans l’arène.

En état de choc, à deux doigts de l’évanouissement, m’apparut en une fulgurante vision mon vénéré Maître Shar Li. Ce dernier savait dans son immense sagesse instiller selon une stricte posologie quelques gouttes de sa science à ses humbles disciples, et distribuer dans sa grande mansuétude les suppositoires de la connaissance, seuls remèdes à notre impéritie.
Ses mots résonnent encore en ma mémoire :
« Car vois-tu petit scarabée, sur le long chemin qui mène à l’ultime transcendance, où chaque jour mille épreuves entraveront ta quête, n’oublie pas par moment d’aller tripoter des nichons, tu verras, c’est super sympa ».

Quelle sagesse, c’est troublant.

(Les sentences de Shar Li n’avaient souvent rien à voir avec la situation, mais vu son grand âge, il n’avait plus toute sa tête, le pauvre, et question cul, c’était un sacré vieux dégueulasse, hé franchement, j’ai jamais vu un pervers pareil.)

Bon, on en était où ???

Ah oui.

Le silence se fit, enveloppant la classe telle une cellophane cristalline aux brillances diaphanes enrobant une barquette de quatre pilons de poulet fermier de chez Leclerc astucieusement disposés en quinconce et délicatement hormonés dans le respect de la tradition séculaire de nos fermes d’antan… (putain, je sais plus où j’en suis, je parlais de quoi ?? Du silence, ok. Franchement ces digressions permanentes ça m’oblige à relire à chaque fois, je perds un temps fou avec ces conneries, et le fil bien souvent. Remarquez, c’est l’occasion de corriger les fautes. Oui bon ça va, pas de commentaires je vous prie. Bon, la description du silence, c’est fait, reste plus qu’à raconter la conclusion de cette histoire à la con. Ouais, la conclusion c’est mon point faible, mais comme me disait une copine, tes introductions sont nettement meilleures, ahahahahah, elle est bonne hein ??? Moi ça me fait rire, pas toi lecteur ?? Ok. Si tu bloques sur ce genre de vannes, alors passe ton chemin et va faire un peu de ménage, parce que dis donc, comment tu fais pour vivre dans un tel bordel ???).

Allez, je reprends, faut bien finir.

Déambulant dans mes pensées, la serpette à la main, tentant de tracer un layon dans cet enchevêtrement de pensées absconses, je débouchai sur une clairière, et je vis un lapin et j’eus la soudaine révélation (putain, le téléphone qui sonne maintenant) de la réaction adéquate :
— Hééé !!! Bourzig !!! Non mais ça va pas bien non ???

(Oui, je sais, ça valait vraiment pas le coup de s’échauffer pour sortir au final une telle nullité, mais bon, s’échauffer les neurones dans une salle de sport, en même temps, faut pas rêver)

L’effet fut immédiat, les élèves rassurés par tant d’autorité et comme emportés par la discrète pertinence de ma répartie, se replongèrent corps et âmes et Stabylo en main dans l’activité du jour, tandis que j’octroyai à Bourzig une paire d’heures de retenue pour « « suggestion d’intromission dans d’obscurs orifices par personne n’ayant pas l’habilitation requise ». (Concernant l’habilitation, en fait j’en sais rien, l’intéressé n’ayant pas donné plus de précisions).

Ben ouais Bourzig, faut pas pousser quand même.

Et c’est ainsi que s’achève la narration de ce haut fait de l’épique odyssée des 6e4, dont l’émotion contenue et la consternante nullité te laissent pantoise chère lectrice, ou alors pends-toi cher lecteur (hilarant le jeu de mots non ??? Je sais c’est chiant ces parenthèses mais je suis en train d’inventer le cabotinage à l’écrit, suis trop fort).

Allez, ça ira bien pour aujourd’hui, à plus.
(Alors, ce ménage, c’est fait oui ou merde ???)

PS : ah oui, pourquoi « mot magique » ??? Eh bien parce qu’il permet d’obtenir le silence complet.
Essayez dans vos cours, ou chez vous, à table, vous verrez, c’est bluffant.





25 réflexions au sujet de « Le mot magique »

  1. et les ratures ??

    … ça fait partie de l’invention ? ( du cabotinage à l’écrit )… je respecte le style littéraire ( oui , Hônolâble Shar li, moi aussi je mets des parenthèses)

  2. D’un autre côté, si les deux autres avaient osé travailler…il faut considérer la réaction à la hauteur de l’affront. Ses alliés de toujours dans la glandouille ont osé la dissidence et ont révisé.
    Ta description du silence est jubilatoire, jamais plus je ne regarderai les pilons de poulet (Auchan, par contre) de la même façon…
    Le ména-quoi?
    Ah oui!!!!
    C’est le samedi matin, le vendredi, je pipeaute au bureau (la preuve)

  3. Allez vous faire… est devenu d’ une banalité affligeante, pas de quoi fouetter un chat ni une chatte!
    J’ aurais moins aimé le trop fameux et outrageant dont je n’ ai jamais saisi la substantifique mœlle: nique ta…
    C’ est vrai que ça donne des idées à certains qui en manquent d’ aller se faire voir ailleurs comme on disait de mon temps prude, poli et suggestif à loisir.
    L’ avantage de ces louables propos bien ou mal à propos est qu’ ils leur dispensent d’ aller croiser le fer sur la pelouse et que cela n’ est plus mortel. Ah si, c’ est devenu mortel pour d’ autres raisons, excuse-moi, la comparaison n’ est plus assise sur de vrais arguments.
    Bon eh ben va falloir passer à d’ autres activités plus valorisantes, dis leur à tes élèves que l’ abstinence sera la tendance de demain et qu’ ils feraient bien de prendre une longueur d’ avance en tête plutôt que dans le…

    Merci beaucoup Charly, ta plume est un pur ré jouissement pour tout le monde!!! Ha ha ha

  4. « suggestion d’intromission dans d’obscurs orifices par personne n’ayant pas l’habilitation requise »
    Ca en jette sur une feuille de retenue ! Vue le nombre de dérapages verbaux que je peux ouïr dans ma classe, ce genre de phrase sera du plus bel effet sur les nombreuses heures de colle à distribuer. Merci CHarly.

  5. trop au lit pour être au net

    donc pour être poli, il eût fallu qu’il dise :
    « allez donc vous faire introduire dans l’obscur orifice de votre séant » … encore eût il fallut qu’il le susse !…
    mais que font donc les profs de français ?!!!

    merci honorable shar li pour ces pensées aussi profondes que les suggestions de vos élèves !…

  6. Bravo !!!

    Du grand art !!!
    Il est vrai qu’à l’heure actuelle les injures sont terribles… OU sont nos « merde »! Qui à l’époque étaient intolérables … LOL
    Ah la la nous sommes vraiment à la ramasse
    Encore bravo pour ce beau texte
    Et bon Week-end !!

  7. Ah oui, le choix du motif pour la retenue justifie à lui seul l’octroi des Palmes Académiques!

    Pour: « casse-toi, pauvre con! » on aurait mis quoi?

  8. Ben dis don Nandou t’as l’air en colère !!… pour un peu ce serait grossier !… d’habitude tu fais hi! hi! hi !

  9. Un pur moment de bonheur, encore une fois ! Quelle plume ! Quelle verve ! J’en reste pantoise mais hilare !
    Peut être faudrait-il suggérer à Bourzig des synonymes à « enc*ler » ? ;)

  10. En fait ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule à utiliser le « Non mais ça va pas bien ?! », tout en me sentant très conne de ne rien trouver d’autre de plus… de moins… enfin autre chose de plus cinglant, quoi !
    Mais du coup je confirme, pour le silence, ça marche, c’est vrai.

  11. j’ai pas compris en quoi proposer à des potes ayant imité les papiers peints toute l’année de se faire encoler (d’ailleurs, il manque un L) était choquant…

  12. Drôle ! et ces apartés avec le lecteur, du cabotinage, peut-être, mais du cabotinage qui a eu d’illustres prédecesseurs dès le 18ième siècle. Et quel mélange des styles… Bravo.

  13. je lis depuis quelques jours votre blog, grace au lien de La Morue. j’ai parcouru avec vous la vie de vos 6e4, et je vous l’avoue: JE SUIS FAN, une inconditionnelle de votre style, de vos textes, de vos parenthèses, oui, oui!
    continuez s’il vous plait!
    du coup, le ménage; franchement, je m’en tape!

  14. Je ne suis pas d’accord avec ta copine, tes conclusions -je parle de celles de ta prose — sont bien meilleures que tes introductions-pas mal aussi!
    Pour le ménage, jamais trop n’en faut!

  15. Quel talent !

    J »adore ton écriture ! C’est vraiment prenant à lire !!! A chaque fois, je suis épatée et morte de rire. Merci !

  16. Et tu « vis un lapin » ?! Ahhhhhhh mais comme je t’aime Charly !!
    L’aut’ jour c’est en disant les « fils de chienne » qu’un ange est passé… En même temps quelle idée d’avoir cru être drôle avec des « j’baise en beige » (bcbg pour les intimes)… Pov Charly, tes oreilles ont l’air d’en prendre plein les poils et les tympans… Pour notre plus grand bonheur :-)

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