
Le vrai bonheur de l’enseignant, c’est le pouvoir.
Le pouvoir absolu.
Une des expressions de ce pouvoir, c’est de mettre des punitions.
Et ça j’adore.
Parce que je sais qu’ils détestent ça.
En plus, on a toujours raison.
Ça change de la maison.
Ça m’amuse bien aussi.
En fait, j’punis peu mais je menace souvent de le faire.
Je déploie tout l’arsenal préventif : la menace, l’intimidation, la dissuasion, le chantage.
Ça marche bien.
— Continue comme ça, tu vas en prendre une.
Punition, bien sur.
— Si tu fais ta racaille, j’vais faire mon Sarkozy !
Excellent. En plein dans l’actu.
Certains collègues gèrent les punitions.
En consignant chaque manquement à la règle.
Chaque oubli de matériel, une croix.
Au bout de trois croix, une heure de retenue.
Bing.
Moi je ne gère pas comme ça, c’est direct punition.
Des conjugaisons en général.
Très chargées pédagogiquement.
Exemple : J’amène mes affaires de technologie.
À conjuguer au futur. Les autres temps on s’en fout, c’est trop tard.
Mais j’assure pas vraiment le suivi.
Ou je pratique le négoce.
— J’te punis, mais si tu travailles, je retire la punition.
Ça, ça marche très bien.
On ne vantera jamais assez la magie du chantage…
Mais certains élèves sont insensibles aux punitions.
Comme immunisés.
On sait bien que l’habitude, ça désensibilise.
— Jessy, tu n’y coupes pas, tu feras une heure de retenue !
— Mais m’sieur, c’est pas moi qu’ai dit ça !
— Amène ton cahier de texte et ton carnet de liaison.
— Mais m’sieur, c’est toujours moi, y’en a marre à la fin !
— Allez, dépêche toi et si t’es pas content, tu prends un avocat et tu portes plainte.
— J’amène mon agenda aussi ?
— Oui, si tu veux.
— Parce qu’en fait… Heu… J’suis déjà collé.
— C’est pas grave, on va trouver une date.
— Ben attendez, j’regarde.
Et là, feuilletant son agenda.
— Voyons voir… ben là… ça va pas être trop possible…
— Comment ça ?
Il continue de parcourir son agenda.
— Là non plus…
— Dis, tu veux bien t’depêcher ?
— Je regarde…
Et enfin, posant son doigt sur une page.
— Ah oui, là. J’ai un mercredi de libre.
— Bon, donne moi la date.
— Ben, le 13 mai.
— Le 13 mai ? Mais c’est dans trois mois !
— Je sais, mais j’ai rien avant.
— Bon, va pour le 13 mai.
— Bien, nous disons donc, le 13 mai. À c’moment là, c’que j’vais faire… j’vais prendre vos coordonnées. Vous êtes monsieur ?
Vous êtes pathétique.
RIEN D’AUTRE À FAIRE CET APREM
Pathétique, oui c’est le mot juste.
— Charly : Raymonde, t’as rien d’autre à faire cet après-midi ?
— Oui, mais pas aussi marrantes.
Bon je sors.
Restez Raymonde.