
Cas n° 3: Bourzig/Fanny
C’est en suivant le regard de Fanny que ce matin-là, je compris que le printemps se mettait à l’ouvrage. Au bout de ce regard compassé se trouvait notre Bourzig, négligemment posé sur sa chaise, en proie à un total relâchement musculaire, véritable petite boule d’inertie, affichant la sérénité de celui qui sait que la reprise de l’activité c’est pour 2010, ce qui lui laisse donc un peu de marge.
S’il est généralement admis qu’en amour chacun cherche son contraire, que Fanny est une sacrée bosseuse, son choix de Bourzig semblait donc frappé au coin du bon sens (ou tout indiqué, tomber sous le sens, aller de soi, etc.).
Couple de type standard, qui peut se prévaloir d’une relation durable, que l’on peut attribuer à une infinie patience de Fanny, son sens aigu de l’abnégation, une admiration fervente pour l’être cher — ne me demandez pas pourquoi, mettons cela sur le compte des mystères de l’amour — et côté Bourzig, d’une exemplaire fidélité. Fidélité que l’on ne doit pas à une particulière grandeur d’âme (ce qui pourrait être mon cas), un souci d’honnêteté ou d’éthique (c’est tout moi ça, enfin, dans les grandes lignes), ou autres renoncements héroïques aux tentations (ma spécialité, enfin, en général), mais à une caractéristique bien plus efficace : une indécrottable flemme. Fanny ne s’y est pas trompée, visionnaire notre choupette, mieux vaut un bon gros faignant alcoolique qui sieste jusqu’à point d’heure, mais fidèle, qu’un bosseur qui ne le serait point (Me trompai-je ou te senté-je réticente à mon postulat chère lectrice ???? J’ai un doute soudain, aurais-je dit une grosse connerie ??? Tu confirmes lectrice ??? Je prends acte et revois céans mon postulat (Au fait, est-on infidèle lorsqu’on se trompe souvent ??? Ahahahahah !!! Elle est bonne hein ???? Tu la connaissais déjà ??? Ok. Je te sens contrariante lectrice ce matin, n’aurais-tu point une machine à faire tourner pendant que je distrais les lecteurs ???)).
Bien.
Pour en revenir au couple Bourzig/Fanny, la nouveauté, c’est que depuis le temps qu’ils sont ensemble, ils ont fini par l’oublier. C’est tout le problème de l’amour à cet âge. En effet, une fois passées les interminables négociations menées par les copains et copines dûment mandatés, la rédaction du contrat amoureux (clauses diverses, conditions de livraison, pénalités de retard, chantages variés), la signature, sous la forme de sourires entendus, et bien sûr pour conclure, l’officialisation devant la classe (en général, la tradition veut que le promis porte le cartable de l’élue sous les ricanements de ses potes pendant une semaine sans réagir), on fait quoi ???? Ben rien, on attend que ça se passe (oui je t’ai bien entendue cher lectrice, ce n’est pas typique de cet âge puisque tu vis la même chose avec ton compagnon depuis une quarantaine d’années, mais ne gâche pas le plaisir de notre jeunesse par tes interventions désabusées. D’ailleurs, au fait, elle tourne cette machine ???? Pardon ??? Tu attends le tarif heures creuses ???? Ok, tu peux rester).
Par crainte de voir l’union se briser, j’éperonnai discrètement Bourzig :
— Eh Bourzig, n’oublie pas d’offrir des fleurs à Fanny, sinon… tintin la gisquette…
— Ben c’est pas la peine, pasqu’au marché, ma mère elle a donné des laitues à sa mère, et de la ciboulette aussi, et gratuit en plus… alors c’est bon…
— Mais dis-moi, c’est quasiment une dot !!! Ben dis donc Fanny, tu es gâtée !!!
— D’abord c’étaient pas des laitues mais des scaroles, et ma mère en a payé une d’ailleurs, et de la ciboulette, on en a sur le balcon… alors bon…
Bourzig, vexé, touché au flanc par le trait de la belle, ne s’en laissa pas compter :
— Oh !!! C’étaient pas des scaroles !!!! Ma mère elle sait bien quand même la différence entre une laitue et une scarole !!! Ben ça c’est la meilleure…
— Oui ben elle sait peut-être la différence mais c’était des scaroles, d’ailleurs on les a pas mangées et même mon père a dit qu’elles étaient pas mûres…
Humilié par l’affront, Bourzig, au plus bas par le coup infligé, rétorqua de plus belle :
— Mais ça peut pas être mûres des laitues !!!!! Ça existe même pas des laitues mûres !!!
— C’étaient des scaroles.
Je notai au passage le courage de Fanny qui se mettait à dos et d’entrée belle-maman, ce qui d’expérience n’est jamais bonne chose. Quant aux laitues/scaroles pas mûres, Bourzig ne pouvait s’en tirer à si bon compte, et je devais bien admettre que ce dernier était un sacré goujat, mais me gardai bien d’interrompre leurs roucoulements, d’autant que pour ne rien te cacher cher lecteur, personnellement, je suis plutôt mâche.
S’ensuivirent des échanges animés où l’art de la séduction se mêla à l’art du potager, par la grâce des batavias et autres romaines, je vous passe le persil en bouquet, et tout ceci au final me donna dois-je dire, une furieuse envie de charcuterie.
Mais laissons là nos amoureux, respectons leur intimité, constatons simplement que leur idylle se porte au mieux, et que je m’alertai pour rien. Mais tu le sais cher lecteur, je m’inquiète pour si peu. Mais à dire vrai, lorsque je songe à Fanny s’enivrant de ciboulette en mastiquant sa laitue pas mûre tout en rêvassant à son chevalier, mon cœur s’emplit de joie et s‘envole vers l’azur comme l’hirondelle qui annonce le printemps. Ces deux-là semblaient donc faire la paire.
Une sacrée paire oui.
M’est avis que ces deux tourtereaux sont ensemble pour longtemps, et je ne serais pas étonné que plus tard ils convolent et nous fassent des petits Bourzig, auquel cas, j’apprécierais qu’ils m’en mettent un de côté, juste comme ça, pour voir.
Conclusion
Eh bien voilà cher lecteur, un bilan partiel des amours des 6e4, tant il est vrai qu’il y en aurait des choses à dire sur les effets du printemps. Eh oui, comme aimait à le répéter mon Maître Shar Li : « L’amour est à la vie ce que l’injection électronique est au moteur à explosion, le petit truc qui rend la vie tellement plus chouette ».
Et c’est si vrai.
Il disait aussi, et rendons grâce à sa grande sagesse « Dans le grand moteur de la vie, c’est le pot d’échappement qui fait la différence ».
Oui là c’est moins clair, mais bon, je ne saurais mieux conclure, alors bon printemps à tous.
PS :
Il ne t’a pas échappé cher lecteur, disséminées au cœur de ces chroniques, quelques références aux machines à laver. En fait, j’ai souhaité placer ces chroniques sous le signe de la machine à laver, en hommage aux dégâts des eaux qui se sont produits en mon domicile, consécutifs à une inattention de ma part, ayant déplacé lors d’un ménage rageur et printanier — ah le printemps !!! — la susdite machine, et laissé par inadvertance le tuyau de vidange par terre, et derrière la machine, pour que je ne le voie pas. Toutefois, il serait malhonnête de ma part de maugréer et faire mauvaise foi, car une inondation n’a pas que des inconvénients. En effet, celle-ci m’a permis de constater d’une part, que le sol de la salle de bain était incliné, puisque l’eau s’est écoulée jusqu’au couloir visiblement assez naturellement. D’autre part, que le sol du couloir était lui aussi incliné, puisque l’eau est parvenue jusqu’au salon, là aussi très naturellement. Mais par contre, que le sol du salon était parfaitement horizontal, puisque l’eau y est restée, formant une sorte de flaque, ou de lac, je ne saurais dire, c’était pas laid d’ailleurs, flaque qui m’a valu des séances mémorables d’aqua-planing lorsque j’ai épongé de façon tout à fait relâchée, à la limite de la désinvolture et tout en chantonnant, comme tu l’imagines cher lecteur. Tout ceci s’étant produit pendant que je m’impliquais fortement dans une activité que l’on pratique généralement aux alentours du tarif heures creuses, une sieste donc, tu vois lecteur, tout se tient. Je suis moi-même surpris qu’apparaissent en filigrane, que dis-je, en subliminal, des pans entiers de ma vie intime au cœur de ces coquines chroniques, mettons cela sur le compte des mystères de l’écriture.
Encore un dommage collatéral du grand ménage de printemps : merci pour cette nouvelle bonne excuse pour ne pas le faire :)
des mini-bourzigs, j’attends de voir ça!
Trop bête le dommage collatéral…
Mmmmmmm en filigrane moi je voyais plutôt tes amours printanières… N’y aurait-il pas anguille sous roche là aussi ? Autant d’inspiration d’un coup, mis à part pour avoir une excuse pour ne pas éponger tes salon / couloir / SDB, serait-ce juste dû à l’arrivée des beaux jours ?
C’est bien connu, les anguilles cherchent à faire leur nid avant les vacances.
dieu que c’etait bon!
cher professeur, vous etes meilleur qu’un tiramisu à la fraise, ou qu’un macaron beurre salé de chez Borzeix (c’est le Ladurée de chez moi!!)
je n’ai pas de mots pour vous dire à quel point vous lire est un plaisir!
Juste une remarque.
Avez-vous noté que Charly (est-ce une référence à notre célèbre Charly-robot en techno ?)appelait les filles par leur prénom et les garçons par leur nom ? Serait-ce un signe révélateur d’un machisme latent ?
Sinon, toujours heureux de lire ces chroniques depuis des années !
Tes brèves et autres nouvelles sont aussi bonnes qu’un goûter au Nutella, sans le brossage des dents….
Encore!
encore, et encore, de cette bonne tranche de vie
Merci
moi…
… si j’étais Fanny, moi le cartable je le chargerais à mort de canettes de bière : double mise à l’épreuve, résistance à l’effort… et à la tentation … et après on cause d’intronisation !!
Un grand merci pour ces chroniques printanières!
Délicieux!
Bizzzzzzzz
Bon maintenant je vais pouvoir étendre le linge….
Ce que j’aimerais savoir, c’est comment une gamine de 12 ans arrive à faire la différence entre une scarole et une laitue alors que concrètement, j’ai 4 concombres dans mon bac à légumes avec lesquels je vais avoir du mal à faire ce fameux gratin de courgettes qui avait l’air bon sur le livre de recettes…
Du très très bon ! Attention, tout le monde, Desproges a quitté sa tombe et est devenu prof de techno !
Qu’est-ce que c’est que ce cirque, rien de nouveau pendant des semaines, et là d’un seul coup ça s’affole, c’est fébrile. Bon, je reprends mon souffle et je vais ces billets en retard.Je savoure déjà, je salive. Prends ton temps ma fille ça se boit à petites gorgées.
Je découvre Charly sacré Charly et je suis déjà en larmes de rire… Trop fort, j’adore!
Rien à voir avec Bourzig, quoique… mais cette photo du blog de Dong (http://camisole.dechainee.over-blog.com/article-29325161.html ) m’a fait penser à un article de l’année dernière sur la page de présentation du cahier de technologie.
(bientôt les ouacances ^^)
PS : je ne blogue plus sur « sauvons la terre » chez hautetfort, mais sur « sauvons la terre au lieu de manger des chips », chez blogger http://sauvonslaterreaulieudemangerdeschips.blogspot.com/
Quelqu’un peut me raconter, j’étais partie faire tourner une machine ?!
:D
J’ai vécu la même chose avec ma machine il y a deux semaine. Après plusieurs intervention de plombiers pour corriger un problème existant je me suis empressée de faire enfin mes machines en retards comme la bonne ménagère que je suis, puis je m’en suis allée devant la téloche voir qui serait éliminé ce soir … jusqu’à ce que la voisine du dessous tapa à ma porte m’informant qu’il pleuvait chez elle.
Je hurlais de rage retroussant mon jean contre les plombiers ayant fait un boulot de feignasse jusqu’à voir le tuyau si délicatement posé au sol.
Je ne l’ai pas dit à la voisine bien sur qui doit faire re-refaire son plafond.
Encore une fois, un vrai moment de bonheur !! Quant à la morale de maitre Shar Li, je me la garde dans un coin tant elle m’a fait rire !!
Moi aussi j’adoooooore épier les histoires d’amour des élèves du lycée.. C’est parfois un peu difficile à suivre mais cela remplace avantageusement les épisodes des feux de l’amour que je suis obligée de rater à cause du boulot !MDR
et si …
… le bon gros faignant qui sieste jusqu’à point d’heure ses bières et whisky divers ne l’est pas , en plus ,fidèle ???si jeunesse savait !!!!merci Shar Li!!!!JINe
Et alors ??
Bientôt un mois sans nouvelles !!???… et c’est pas encore les vacances !!
Allllllllllllllééééééé Charly !!
En tant que distrait émérite, je compatis à vos malheurs lessiviers.
Bon, je serais vous, j’éviterais d’associer amour et injection électronique : le modèle 2009 du MBK Skyliner, passé à l’injection, est moins nerveux et moins rapide…
Bonne fête
… à papa Bourzig !!
t’as tout arrêté ou tu reprends pendant les vacances ?