Le barbecue

La saison des barbecues est ouverte, et le week-end dernier, je l’ai inaugurée chez une sorte d’amis.

— Oooooooh !!! Bonjour Charly !!! Sympa d’être venu !!!
— Bonjour !!! Ah… mais j’savais pas que tout le monde devait amener quelque chose, j’ai rien amené…
— C’est pas grave !!! Pose-le là !!
— ?!?!
— Et tu es venu seul ???
— Ben je savais qu’il y avait de la gisquette, alors j’en ai pas amenée non plus…
— Ahahahahahahah !!! Ça, c’est du Charly tout craché !!!

Bon moi, les barbecues, j’suis pas trop fan. Regarder dégouliner ces gouttes de graisse qui font pschiiiiiiiiiiittt dans une débauche de fumée ça me révulse juste à peine. Bon, des trucs grillés ça peut être sympa, mais là, on avait largement dépassé ce stade, et le mot immolation me parait beaucoup plus approprié. La raison étant que le préposé au barbecue, à force d’apéritifs anisés, s’était transformé peu à peu en préposé à la crémation, et le pique-nique à vocation festive en veillée funèbre, et nous étions bien en peine de départager saucisses et merguez. À ce stade, seul un test ADN l’aurait permis, mais bon, pris dans l’ambiance, vous savez c’que c’est, et pis bon, j’allais pas faire ma chochotte.

Alors on a attaqué le repas par feu les saucisses, et on a été relativement unanimes à regretter qu’ils aient mis des couteaux en plastique plutôt que des haches en acier trempé, pasque putain.
Et pis moi je savais pas qu’il existait de la moutarde en seau, et ben c’est sympa, tu trempes, et ça ressort tout jaune.

Sans dèc, c’est super joli.

Mais le petit plus c’est la brochette, qu’arrive direct du crématoire, que t’as pas demandée et qui gît dans ton assiette en carton qu’a des p’tites fleurs autour. Brochette dont tu saisis habilement l’extrémité avec ta main droite pour ensuite pousser avec ta fourchette le petit morceau de viande au bout.
Délicatement bien sûr.
Mais comme tu sens que ça résiste un peu, ben tu pousses un peu plus fort, mais bon, toujours que dalle. Et là, faut bien prendre une décision, alors pendant que tu te demandes quel est le con qui fout de la super-glue sur les brochettes, tu te raidis sur ton siège et tel un archer qui tend son arc, et ben tu tends, et là, putain de merde, ça part d’un coup, t’as tout qui vole, l’assiette, ton verre de pinard, la bouteille qui se renverse, sur le pain, pis sur la nappe, pis parterre, pis sur la robe de la nana en face, que tout le monde se précipite pour éponger, « et merde » que tu penses très fort dans ta tête, et tu te sens juste un peu dégourdi comme un manchot qui joue du tambourin. Alors tu t’excuses confusément, avec ton air con de circonstance, en accusant lâchement ta fourchette, espèce de salaud, mais personne n’est dupe, mais bon, comme ils sont sympas, pas de bol, y t’en amènent une autre.

Le truc sympa aussi, c’est le taboulé maison, qu’est pas du tout bourratif, mais bon, si tu respires bien par le nez, ou mieux, par les pores, tu peux en reprendre une deuxième cuiller. Mais faut surtout pas boire juste après, pasque la semoule elle gonfle, et ça peut fait un blocage dans l’œsophage, et tu peux mourir dans d’horribles convulsions.

Pis après t’as les glaces. Miam miam que tu fais dans ta tête.
Enfin, jusqu’à ce qu’elles arrivent quoi.
Parce que toi t’attends bêtement ta petite coupe bien gentiment, mais c’est parce que t’es vraiment con des fois, pasqu’en fait, c’est pas comme ça que ça se passe. Ben ouais, pour pas s’emmerder, ton hôte, il arrive avec une bonne trentaine de boîtes et te demande de choisir tes parfums. Pis délicatement, avec la cuillère spéciale qu’il trempe dans un bol d’eau pour que ça colle pas trop, juste un peu quoi, juste que la boule vanille ait la couleur fraise voyez, il te refile trois boules aux couleurs improbables, que ça fait vachement envie de les bouffer, et que même au cas où, tu sais pas où tu vas les mettre vu que t’as largement dépassé tes capacités de stockage, mais bon, en tassant un peu, on va bien leur trouver une petite place.

Après un tel repas vous n’avez d’autre choix que d’aller siester une petite dizaine d’heures mais avant de partir votre hôte vous sort le p’tit digeo maison. C’est très convivial comme tradition, bien que franchement des fois, j’ai des doutes sur la convivialité de ce genre de truc. Pasqu’après la première gorgée, vous sentez qu’y se passe quelque chose au niveau de vos gencives, mais vous prêtez pas trop attention. Mais quand même, l’air de rien, vos dents viennent de se déchausser de cinq mm, mais vous le savez pas encore, ce sera la bonne surprise du lendemain.

Alors bien sûr, il est hors de question de prendre le volant dans cet état, d’abord parce que vous vous êtes installé sur les places arrières, et ouais, vous en tenez une bonne, et que vous passez un bon quart d’heure à le chercher, le volant. Bien que soyons honnêtes, vous ne risquez strictement rien en cas de contrôle, car avec tout ce que vous vous êtes envoyé, vous pouvez faire exploser n’importe quel éthylomètre rien qu’en soufflant dessus à plus de trente mètres de distance. Et pas d’éthylomètre, pas de contrôle.

Donc, pas vu pas pris.

Hors de question non plus d’aller draguer comme vous l’aviez prévu, d’abord parce que vu votre état pitoyable, il n’est pas sûr du tout que ayez le même succès que d’habitude, c’est même quasiment pas sûr du tout, et parce qu’avec votre haleine de bison et votre propension à marcher sur les genoux en chantant « tiens voilà du boudin », vous allez surtout attirer les p’tits gars de la police, puis les tites gisquettes du SAMU, et finir à coup sûr l’après midi dans une salle de réanimation.

Bon ben voilà, j’ai un autre barbecue prévu ce week-end, chez une autre variété d’amis.

Chouette.

Ben vivement dimanche.

16 réflexions sur "Le barbecue"

  1. Excellent le taboulé

    C’est trop ça à chaque fois, avec pour principal objectif de trouver une excuse original pour pas en prendre !

    Quand aux Merguez qu’on distingue plus des saucisses suite à la crémation c’est aussi l’apanage des barbecue de « qualité ».

    T’as été gaté :)

  2. Encore plus rigolo que le sketch à Magdane! Hi hi hi! C’ est super vrai ce que tu racontes et t’ en oublies volontairement pour le prochain texte.

    Alors je note ça et là, la fumée dans les naseaux, les guêpes qui te tournent autour, le chien qui bouffe les saucisses maladroitement posées trop près du bord de la table, l’ invité qu’ est végétarien, les voisins qui se plaignent du tapage nocturne, un nuage de pluie qui passe, le bois mouillé qui veut rien savoir, les piques en bois qui brûlent… etc!!!

    Ah! les soirées BBQ en Provence, quel délire!

    Bisous et bon ouikinde.

  3. Si le dimanche en question c’est demain, ça va tourner à la soupe de saucisses et au potage de brochettes car MétéoFrance a prédit de la flotte sur tout le pays

    Bon BBQ quand même ;)

  4. J’espère qu’avant de partir t’as bien rangé les brins d’herbe de la pelouse, tout parallèles.

  5. Et avé les sardines ?

    Non parce qu’avec les sardines, c’est l’attaque NBC. T’es imprégné 48 h, des pieds à la tête, avec une petite surcouche sur les 4 premières phalanges et sur un rayon de 8 cm autour de la bouche. Le rosé devient un antiseptique obligatoire, pour les bains de bouche, mais aussi pour ces doigts, ces putains de doigts, qui collent à tout, que tu crois être comme spiderman, sauf que toi, c’est sardine-man. Ah, les sardinades…

  6. Et la « ventrèche », ce truc super gras au goût de gras et de carton qui, si on le servait dans les cantines scolaires, déclencherait des émeutes…ce truc qui, dans le sud ouest a un succès fou lors des barbecues…
    Sans compter les mômes en bas âge au moins autant attirés par les flammes du BBQ que les guèpes par mon assiette et les parents desdits gamins qui claironnent « éloignez vous du BBQ, les enfants, c’est dangereux ».
    J’arrive pas à croire que cette période honnie entre toutes soit déjà de retour (quoique vue la météo, je pense qu’on va être BBQ-free pendant qq temps)
    Excellent post!!

  7. Dois-je considérer que c’est ton fameux billet culino-gastronomique que nous attendons Gloria et moi ? Et … la photo ? ‘Fin une seule, ça suffira vu le carnage !

    Il m’est arrivé d’être la nana en face d’un mec qui jouait à Ulysse tendant son arc avec sa brochette, ça m’a tuée ma robe ! Grhh !

  8. Ah on voit le mec d’expérience !

    Les brochettes c’est exactement cela … j’arrive toujours à avoir UN morceau de viande qui coince .. et ma technique c’est mettre la brochette debout, pointe dans l’assiette et essayer de faire descendre le tout avec la fourchette.
    Ca gigle autant, mais ca limite les dégâts collatéraux.
    En principe.
    Enfin, parfois.

    Oh oui .. la ventrèche ! je ne mange pratiquement plus que cela en barbecue (sauf quand c’est magret, mais là on n’appelle pas cela barbecue, on appelle cela .. magret !)

  9. MDR !!!
    Comme les BBQ c’est souvent chez mes beaux parents, je sens que pour le prochain, je vais rigoler toute seule en pensant à ton billet et qu’ils vont encore me regarder d’un air bizarre (ben oui, ils pensent déjà que je suis un peu « bizarre »…).

  10. Que c’est juste tout cela, on a tous les mêmes amis ???
    Manque aussi le pied de la chaise dans le trou de taupe, chaise que tu n’arriveras jamais à remettre droite, qui restera bancale pendant tout le repas, et toi aussi.

  11. ah non moi j’aurais dit qu’il a oublié « les gobelets en plastique volant en tout sens à la moindre petite bise, déversant moult liquides sur la table et ses convives »

    oula jsuis pas en forme aujourd’hui

  12. Excellente description !

    J’en ris encore. Génial vraiment ! (Bon faut que j’y aille mollo sur les compliments, moi).
    N’empêche, j’ai ressenti une indiscutable sensation de vécu dans tout cela, et je pense exactement la même chose !

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