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Émile Davis Junior

Dans certaines circonstances je suis dans l’obligation de convoquer les parents lorsque leur rejeton dépasse certaines limites.
Je le fis pour Émile Davis junior.

Un fils d’une lignée argentée égaré parmi nous, qui arrive toujours sans cartable parce que selon lui, il n’a pas de porteur.
Ou qui le fait porter contre quelques euros, qui soudoie les cantinières pour un rab de frites, qui a corrompu tous les 6e, martyrisé les 5e par son arrogance, avili par son mépris tous ses profs, humilié par sa vanité les plus humbles d’entre nous, dépravé le petit personnel, et qui vient régulièrement négocier ses notes vers le haut par des sous entendus qui en disent long sur l’origine de la floraison des affaires familiales.
Et ce qui est insupportable, en plus, c’est qu’il est beau.

Missionné pour souder quelques composants électroniques, il a, pour épater ses « copains », brûlé un billet de 100 euros.
Imaginez mon émoi. Une semaine de RMI passée au fer rouge, soit son argent de poche du jour, envolée en fumée par ce pitre.
Justifiant son brasero improvisé par une insolente remarque sur notre boss, qui coupe le chauffage de tout l’établissement dès la mi-janvier par souci d’économie, je l’adoubai con.
La flamme de l’incendie me fit évacuer la salle en urgence et déclencher l’alarme générale.
Je convoquai le père.

Et le vis arriver, suivi par son jeune flambeur.
Je n’avais jamais vu un mafioso de près, c’est fait.
Ce digne descendant des négriers d’autrefois, ayant repris avec ferveur le fouet d’un esclavagisme séculaire, arborait cette suffisance qui m’horripile, modeste et besogneux que je suis.

Les chaussures pointues, suffisamment effilées pour atteindre la vitesse du son dans du béton vibré et armé, un pantalon dont la vente de la braguette seule m’aurait permis de changer de caravane, des bagues, une chevalière immonde, une gourmette en or, une quincaillerie bruyante et rutilante signe d’un goût certain et d’une subtilité ad hoc.
Une chemise largement échancrée sur une toison teinte et cernée par une chaîne à gros maillons héritée sans doute d’un ancêtre de Cayenne.

Ayant des difficultés à garer son long véhicule sur les modestes places de cinq mètres sur trois de notre parking, il aurait jeté ses clés au principal lui demandant de le faire et de mettre un coup sur le pare brise, ce que l’autre sans voix et suffocant a nié, et a glissé un billet dans le décolleté de la principale adjointe, croyant avoir affaire au petit personnel, qui s’est mise à réciter le credo républicain en se signant de la croix de Lorraine comme une madone de l’égalité des chances devant tant de mépris.
Mais le plus insupportable, c’est qu’il était beau.
Et ça, voyez vous, ça frise l’indécence.

Quelque peu enhardi par mon alcoolisme résiduel, j’évitai malgré tout l’emportement.
Il jouait habilement avec un rouleau de billets, au bas mot 1500 euros, et par ses mimiques racoleuses et ses clins d’œil grossiers, m’incitait à le prendre.
Mais le républicain que je suis, intègre, et pur comme vous le savez, fit mine d’ignorer.

Bien qu’aveuglé par les reflets de sa chevalière et de sa gomina, et malgré les effluves de mon cubitainer proche, j’adoptai la posture d’enseignant et lui relatai l’incident et fis part de ma colère.
Il argua que son rejeton l’avait certainement vu faire lors de soirées paillardes et financières, et qu’il s’agissait d’un mimétisme normal pour cet âge et je pensai que la connerie de son énergumène procédait sûrement d’un atavisme familial et lui suggérai de canaliser les retraites aux flambeaux de son ignoble tandis que je lisais dans son œil cupide le désir de me voir aller faire explorer mon intime orifice.

Je fis part de la punition que je ne manquerai pas d’infliger.
Mais il proposa, sachant nos modestes moyens, de doter ma salle, à ses frais, d’une douzaine d’ordinateurs récents, ce qui me fit vaciller, car je les réclame depuis dix ans sans succès, et nous tombâmes d’accord sur une punition simplifiée : laver ma petite voiture, à défaut de l’affront, discrètement, après les cours.

Je le vis partir, dodelinant du fion, laissant le sillon odorant d’une eau de toilette excessive, balançant les épaules comme un rappeur endimanché.
Ah, quand les prolos s’habillent !

Ce sinistre personnage fait tenir par une de ses secrétaires un blog, étant lui-même bien incapable d’écrire, ou il relate les poignants épisodes de sa futile existence à l’aide d’un dictaphone.
Je vous en mets le lien et vous vous ferez une idée par vous-même, en lisant ses éructations tapuscrites.
Émile Davis

PS : si vous lisez tecno sur son blog, traduisez par techno, non je vous dis, c’est vraiment un con.

J'vois pas le rapport

Dans tous les collèges, les gamins de 3e ou de 4e, font un stage en entreprise d’une semaine. Quelques semaines après, ils sont censés remettre un rapport de stage, que l’on doit évaluer.
Et là j’en ai deux sous les yeux, d’élèves de 3e.

Le premier est très bien foutu, le sommaire, le détail des activités de l’entreprise, de l’élève, le métier envisagé, des détails sur les formations, une conclusion, quelques documents en annexe, le tout relié et wordé, couverture plastifiée, enfin sympa quoi.
Lui, j’lui mets l’ponpon, pas d’souci.

Et pis là, j’en ai un deuxième…
J’vais tenter de vous le décrire, mais comme je tombe de mon siège régulièrement tellement je rigole, j’vais faire court.

On y va.
D’abord vous prenez une pochette cartonnée, une vieille si possible, qu’a déjà servi, avec les p’tits élastiques qui vont bien, mais pas trop tendus les élastiques quand même, pour qu’ça s’ouvre bien.
La pochette bien bleue voyez, noire quoi, et pis vous écrivez dessus en vert, qu’on voit bien, et avec un gros feutre, que ça tape à l’œil.
Et pis vous écrivez votre nom en bien gros en diagonale, sur toute la longueur.
Mais comme vous avez oublié qu’il est long votre nom, et qu’ça va dépasser, vous emmerdez pas, les trois dernières lettres, vous les mettez dessous, à la fin, et en plus petit, comme ça c’est impeccable.
Le titre du rapport, au stylo rouge, en haut à droite, en tout petit, parce que tout le monde s’en fout.

Pour le rapport lui-même, vous faites pas chier, une feuille suffit.
Plus concis que ça, tu meurs.
Blanche la feuille, et écrivez avec un stylo bleu qui bave un peu, mais pas trop, que ça fasse juste un p’tit halo autour des lettres, juste qu’elles soient illisibles quoi.
Et comme les erreurs ça arrive à tout le monde, n’hésitez pas à mettre du blanc, allez y franco, lâchez vous.
La feuille perd un peu en souplesse, mais on s’en fout.

Comme la feuille a un verso mais que vous le savez pas, écrivez la conclusion verticalement, dans la marge, là encore, faites simple.
Pour l’orthographe, allez à l’essentiel, l’important, c’est d’faire passer le message.

Pour souligner, si vous n’avez pas de règle, perdez pas de temps, prenez un peigne, là encore, faites simple.
Mettez aussi un peu de Stabylo, rose si vous avez, et là encore, faites pas votre timide, mélangez bien au blanc, vous verrez, ça fait des dégradés sympas.

Bon, faut bien mettre une note.
Et ça m’a brisé le cœur.
J’ai rempli la grille d’évaluation à peu près comme ceci :

Page de garde : ok
Sommaire : ok
Chapitrage : ok
Pagination : ok
Présentation : ok
Orthographe : ok
Détails : ok
Conclusion : ok
Annexes : ok

Tout est ok.
C’est bon.
On peut décoller.

Charly Le Fourbe

Extrait d’un ouvrage écrit par mon ancêtre, Charly Le Fourbe, lui même professeur,
il y a fort longtemps…

Dans chaque école du diocèse, et généralement en salle des Maîtres, se trouvaient tous les casiers.
Un simple cube fendu sur sa face et en son sommet, et par dessus la fente précitée, un battant escamotable, permettant le passage du pli mais préservant l’intimité du lieu.

Oui, nous, serviteurs du Roi et professeurs émérites disposions d’une boîte aux lettres soigneusement étiquetée.
Ce sont donc soixante boîtes empilées et adossées alphabétiquement au mur du fond de la salle qui attestaient de l’ordre ambiant.

En cette rentrée de l’an de grâce, une dizaine de jeunes professeurs, diligentés par notre bon Roi, vinrent remplacer autant de retraités, exténués et lassés par un si rude labeur.
Il fallut donc changer l’ordre des étiquettes afin de respecter l’ordre imposé par les nouveaux arrivés.
Celles-ci dansèrent et prirent une posture nouvelle mais toujours alphabétique.

Mais c’était sans compter sur les bigotes du couvent Saint Tupperware.
Elles virent avec effroi, on peut l’imaginer, leur casier, ou plutôt leur nom se déplacer, laissant présager une rude adaptation à leur nouvel endroit.
Aussi elles traitèrent l’affaire sur le champ.
Faisant fi de leur bêtise, et frôlant plus que de raison le ridicule, elles exigèrent auprès de l’Abbé Auguste, ecôlatre des lieux, que les étiquettes revinssent à leur origine et que sans cela elles seraient égarées et damnées dans les feux de l’enfer.
Leur requête trouva preneur et ceci fut aussitôt fait.

La belle jouvencelle affectée à la tâche, refit danser les étiquettes jusqu’à l’ordre d’avant.
L’ordre alphabétique fut rompu et prestement remplacé par celui de l’ancienneté.
Ce fut pour chacun d’entre nous une belle surprise quand nous cherchâmes devant ce mur de boîtes où se trouvaient nos noms.
Et chaque jour qui suivit, ce casse tête ne manqua pas d’irriter chacun et même les plus pieux d’entre nous.

Ainsi, en ce jour de septembre, Frère Christophe, curé de Monsours et professeur d’astrologie, déclencha les hostilités.
Il déclara devant les gardiennes du temple et l’Abbé Auguste :
— Pourquoi ne pas classer selon la connerie,
vos casiers seraient tout en haut mes chères amies
Et je lui emboîtai le pas :
— Pardon Messire l’Abbé, pourquoi ne pas opter
pour celui bien plus simple de la débilité ?

Nos piques firent mouche mais malgré nos attaques perfides nous n’eûmes gain de cause et nous nous retrouvâmes devant Messire l’Abbé qui bien que comprenant notre requête ne put que laisser voir son bien grand embarras.

L’affaire en resta là.

Mais je vous le confesse,
Frères humains qui me lisez,
Qu’il arrive que mes fesses
Dans leur casier viennent venter.

La fin est un peu leste, il est vrai, mais l’époque fut gaillarde et Charly Le Fourbe, bien que professeur respecté, fut un paillard éminent, un festoyeur de renom,
et un indécrottable rustre.

Les enfants du Che

Au collège, avec mon pote Christophe, on rigole bien.
D’ailleurs, dès qu’on s’voit, on rigole.
Lui, rien qu’sa tête, ça m’fait rire.
Je suppose que d’voir la mienne, ça lui fait pareil.
Pourtant, on est toujours très sérieux, très austères.
C’est ça qui nous fait marrer, parce qu’on l’est pas trop en fait.
Avec Christophe, on a des âmes de révolutionnaires.
On est comme qui dirait, des subversifs, des rebelles.

En salle des profs, y’a quatre collègues, des nanas, qui mangent à midi. Elles ont aménagé une table, et elles mangent là, tout en corrigeant des copies.
C’est des quinquas encore très alertes, mais pas à Malibu, c’est tout. Elles ont leur micro-ondes, leur frigo. Le frigo qu’appartient à tous les profs mais qu’elles squattent avec leurs p’tits yaourts, leurs p’tites salades, leurs p’tites badoits et surtout leurs gros tupperwares. C’est bien simple, un jour j’ai voulu mettre un coca, y’avait pas la place.
Et puis j’peux vous dire qu’c’est pas des rigolotes. Nous on les appelle les bigotes. Et des fois, quand elles arrivent, Christophe y rajoute : attention, alerte à la bombe.
Mais pas moi.

Alors un jour avec Christophe, on a acheté deux packs de bière, on a viré tous les tupperwares, et on a aligné les canettes bien comme il faut, sur toutes les grilles.
Je sais, c’est subversif.
Mais ce fut fait.

À midi, plutôt que d’aller à la cantoche, on s’est pointé en salle des profs et on a regardé le panneau consacré aux infos du collège en faisant mine d’en débattre.
Et les bigotes sont arrivées.

J’vous raconte pas l’bordel.
De la bière dans un collège ! Elles ont failli tomber à la renverse. Et ça rigolait pas.
Elles nous ont interpellé, on s’est retourné avec nos p’tits airs cons et on a abondé dans leur sens.
Et pis on a dit qu’c’était peut-être pas de la vraie bière alors on a ouvert deux canettes pour goûter.
Mais non, c’était d’la vraie.
Elles se demandaient si on déconnait ou pas mais c’était pas possible puisqu’on est sérieux et austères.
Elles ont viré les canettes, ont affiché une note au feutre rouge pour rappeler que l’alcool est interdit au collège et une est partie chercher le principal pour cafter.
Pour nous, y’avait plus qu’à récupérer les canettes, sans s’faire gauler.
Et ce fut fait.
C’est Christophe qu’a amené le sac poubelle qui fait gling-gling jusqu’à sa voiture.

Et hier, Christophe a eu une idée géniale, une sorte de pari quoi, que j’y avais même pas pensé.
C’est de dire « bite » et « couille » pendant qu’elles mangeaient.

Je sais, c’est subversif.
Mais ce fut fait.

Charly et ses drôles de drames

Après les vacances de Noël, je retrouve une de mes classe de 6e. Je présente mes vœux aux élèves et leur demande s’ils ont été gâtés à Noël :
— Vous avez eu quoi commme cadeaux ?
Et j’ai droit à une réponse collective et des listes complètes.
Puis, si les vacances se sont bien passées :
— Pas trop longues ces vacances ?
— Noooooooooooooon !!!!!!!!!
Et bien sûr, ils m’interrogent à leur tour :
— Et vous m’sieur, vous avez eu quoi à Noël ?
Rien de spécial mais pensant faire de l’humour, j’invente un truc idiot du genre :
— Ben… heu… j’ai passé une semaine merveilleuse sur une ile déserte, au milieu des palmiers, allongé sur le sable, au soleil, mangeant des glaces, avec à mes cotés, une super jolie fille. Sympa non ?
Silence.
ils me regardent, interloqués.
— …
J’insiste.
— C’est pas sympa ?
— …
J’comprends pas ce qui se passe, mais j’vais comprendre.

Au milieu de la classe une petite voix, c’est Myriam, 11 ans.
MYRIAM — Monsieur, c’est pas bien de tromper sa femme.
MOI — ?!!?!… mais Myriam, heu… j’ai trompé personne, j’ai pas de femme…
MYRIAM (sûre d’elle) — C’est même pas vrai…
MOI (un peu con) — Ben… mais dis donc Myriam, mais si c’est vrai… je n’ai pas de femme, j’suis pas marié.
MYRIAM (haussant les épaules d’évidence) — Ben si, vous avez des enfants !
MOI (rassuré) — Ah, mais Myriam, tu sais… heu…
SOFIA (interpellant Myriam) — Mais t’es bête ou quoi, on peut avoir des enfants sans être marié…
MYRIAM (sur le ton de « nananèreeeeheu ») — Oui mais c’est mieux pour les enfants…
SOFIA (effarée) — Mais tu dis n’importe quoi !
MANON (sur le ton « epidabor ») — Et pis l’prof il a jamais dit qu’il était marié !
MYRIAM (tempêtant) — Si, y l’a dit
SOFIA, MANON (en chœur) — Noooon, il a jamais dit ça !
MYRIAM (boudant, à voix basse) — Si, y l’a dit.
Avant qu’elles en viennent aux mains, et que Myriam se mette à pleurer, j’tente une médiation :
— Oh oh, les minettes, on se calme.
J’explique brièvement ma situation de famille.
Voila.
— Ça va aller Myriam ?
Non, visiblement ça coince, ça sanglote.
Je m »approche d’elle et lui parle à voix basse :
— Qu’est-ce qui se passe Myriam ?
— Ben, y sont ou vos enfants ?
— Ben… heu… ça dépend…
— Moi j’voulais que vous soyez marié.
— Ah bon ? Et ben écoute, j’vais m’en occuper. Ne t’inquiète pas.
— C’est vrai ?
— Si j’te l’dis. Ça va aller maintenant ?
— Ouichhhh.

Voilà, ça m’apprendra à dire des conneries.
Du coup, faut que j’me marie.
Non j’déconne.

Une espèce commune

Il m’arrive d’amener des objets en cours pour illustrer certains sujets : une barrette de mémoire, un disque dur d’ordinateur, une tronçonneuse, une casserole ou autre.
Mais je n’ai jamais amené quelqu’un. Une personne qui excelle en son domaine par exemple.
Pourtant, je rencontrai dernièrement un monsieur que j’aurais volontiers invité afin d’illustrer un sujet qui me tient à cœur, concernant une espèce commune.
Mais d’abord, comment l’ai-je rencontré ?

Je me rendai au collège, avec ma petite voiture, enivré par une auguste moyenne de 40 km/h, lorsqu’une camionnette, visiblement une voiture de société spécialisée en extincteurs, se colla sur mon arrière.
Quelle vilaine manière.
Klaxonnant, exprimant de la sorte un vif désaccord avec ma modeste allure, et ne pouvant me doubler, elle tenta malgré tout de feinter, et osa sans vergogne un passage à ma droite.
Choqué par tant de vilenies, je m’essayai à un curieux geste, que je vois très souvent pratiqué par mes jeunes élèves et dont le sens m’échappe mais qui consiste à indiquer prestement la direction du soleil avec le majeur d’une main et à simultanément plier les autres doigts. Ceci ne manqua pas d’irriter mon compagnon de route.
Mais malicieux comme je le suis, et vous le savez, j’ajoutai une variante. Pour éviter que ce geste ne soit interprété pour ce qu’il est, je glissai rapidement mon doigt dans un de mes trous de nez, laissant accroire, non sans malice, que je procèdai à un simple curetage.
Mais mon compagnon de route ne fut pas dupe.

Il échoua pour sa part dans sa tentative de contournement et nous rejoignîmes le carrefour suivant ou là, une seconde voie vint à son secours. Mais quelques arpents plus loin, nous fûmes l’un et l’autre contraints à l’arrêt par un feu tricolore.
Et nous nous retrouvâmes côte à côte.

Il abaissa sa vitre et m’enjoignit de faire de même. J’obtempérai, non sans arborer ce petit air canaille et particulièrement faux-cul qui font de nous les humains, des êtres parfaitement adaptables.
Et là, il me fit livraison de quelques palanquées d’insultes dont je n’oserai vous narrer le détail ici.
Mais ou semble t-il, il me suggèrait de changer d’orientation sexuelle et, ceci étant fait, de procéder à une série de tests avec une population fort honorable par ailleurs : les grecs.
En retour, je lui soumettai la même propostion, mais en substituant habilement aux grecs, les turcs. Ce qui est beaucoup plus grave puisque, comme vous le savez, les turcs sont hors communauté européenne.
Il renchérit, je surenchéris et nous fîmes ainsi un rapide survol de l’espace communautaire avec quelques incursions, il est vrai, au Maghreb.

Ceci étant fait, et tandis qu’il proposait de remodeler mon appendice nasal à grands coups d’extincteur, j’eus une révélation. Je tenais là mon intervenant extérieur. Enfin je trouvai un spécimen de mon espèce commune. Et je pouvais envisager de présenter ce cours dont je rêvais tant.
J’interrompais le flot de sa véhémence et lui fit part de ma proposition : venir se montrer à mes élèves.
Semblant devenu calme, il s’enquit du sujet de ma thèse. Et je lui répondis :
— Parce qu’en ce moment, je leur fais un cours sur les connards et j’aurais besoin d’un exemple.
Il sortit de son véhicule et vint vers moi.

À ce stade de la narration, une pause s’impose. Je ne peux, et vous allez le comprendre, vous conter la suite de cette histoire. Elle présente en effet assez peu d’intérêts. D’abord parce que :
1) Je n’y suis pas à mon avantage.
2) Mais alors pas du tout.
3) Et que lorsque j’y pense, j’éclate en sanglots.

Ne pourrais-je donc jamais enseigner à mes élèves cette espèce commune ?
Plus connue sous de nom de connard ?

Mon pot virtuel (très économique)

Pour tous les visiteurs du jour, une p’tite flûte. J’ai déjà servi Bounty, Stéphanie, LaCuillerEnBois, Chrystel et Mimile. Les autres, vous vous servez. La bière, vous touchez pas, c’est pour moi.
Pour les amuses-gueule, avec tout ce que j’ai vu sur vos blogs, j’espère que vous en avez apportés.
Voilà. Et foutez pas des miettes partout, merci.

T’as quel âge ?

Après-demain c’est mon anniversaire.
Le 12 janvier.
Je sais, tout le monde s’en fout vu qu’on est environ 170000 en france à être nés le même jour de l’année.
Ce qui correspond à la population d’une ville comme Limoges ou Perpignan.
Rien que dans ma ville, on est 300 à fêter notre anniversaire.
Au niveau mondial, on doit être environ 18 millions.
Et ouais, on s’croit le centre du monde ce jour là, mais en fait.
Inutile de vous dire qu’il n’y aura pas de message vu que je serais certainement saoûl.

J’ai quand même prévu d’acheter un gateau et des barres chocolatées.
Mais avant j’vais m’faire un resto.
Et boire une p’tite bière en ville.
On sait jamais, peut y avoir une rencontre sympa.
Faudrait que j’me fasse une boite de nuit un d’ces quatre.
Des élèves de 3e m’ont dit qu’il y en avait une très bien dans l’coin pour les vieux comme moi.
On est vite vieux avec les élèves.
Eux visiblement vont en boite. Ça m’étonne mais bon.
Du coup, ils ont émis le vœu de m’y rencontrer.
J’me vois bien en train de danser ou de draguer devant des élèves.
Non, faut que j’trouve un boite plus éloignée.

Pour l’anniversaire, j’le dirai quand même aux élèves, c’est un bon moyen de récupérer des chewing-gums ou des bonbons à l’œil.

Allez, à la votre.

Représailles

Il semblerait que les représailles envisagées lors du message d’hier aient attiré votre attention. Mais je me dois de tempérer ce vindicatif enthousiasme. En effet, nos moyens sont limités. Après avoir consulté un cabinet d’avocat célèbre, épluché la jurisprudence, abondante sur le sujet, et étudié attentivement l’article 24 de la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne relatif aux Droits de l’Enfant, ma conclusion est sans appel : je dois renoncer aux représailles.
Je sais, c’est dur.
Toutefois, je défini de nouvelles résolutions pour cette classe.

À partir de dorénavant :

Les appeler par leur nom de famille.
Les vouvoyer.
Remplacer le « Bonjour à tous » par « Bonjour les nains ».
Cesser d’être drôle, beau et plein de charme.
Leur raconter ma vie.
Leur expliquer que de toute façon 10% d’entre eux seront pauvres.
Ne pas dire lesquels.
Retirer les consignes de sécurité relatives à l’utilisation du fer à souder.
En prétextant qu’il s’agit d’évaluer leur autonomie.
Faire l’appel en commençant par la fin.
Lors des alertes incendie, et que l’alarme sonne, dire en toute bonne foi que c’est un téléphone qu’on entend, et les laisser, en toute bonne foi, pour aller répondre.
Les faire écrire vingt lignes de cours, dire que j’me suis trompé et leur faire passer du blanc.
Les faire écrire un cours et leur demander de souligner les mots importants.
Noter les classeurs chez moi et renverser dessus, par inadvertance, une carafe de café.
M’excuser en leur demandant de tout refaire.

Voilà. Avec ça déjà…